NAMIBIE : la difficile reconnaissance par l’Allemagne du génocide des Hereros :
La Namibie, 2,1M d’habitants, compte plus de 25.000 germanophones, majoritairement Namibiens descendants de colons (parmi lesquels
de nombreux fermiers blancs que le gouvernement namibien veut obliger à redistribuer leurs grands domaines à la majorité noire). L’Allemagne est, depuis 1990, avec 23M € pour 2003-2004, le premier contributeur
d’aide à la Namibie.
Le peuple Herero, constitué de plusieurs ethnies
dont les Himba, les Tijimba et les Mbanderu, peuplait l’actuelle Namibie et les régions environnantes au moment de la colonisation allemande en 1884.
Les Hereros ne représentent plus aujourd’hui qu’environ
7% de la mosaïque ethnique namibienne. De l’éthnie des Hereros, on connaît surtout les coiffes exubérantes de leurs femmes et les couleurs vives des vêtements qu’elles arborent lors des fêtes
de commémoration. Mais peu de gens savent que ce peuple est namibien, encore moins qu’il a subi un massacre au début du XXème siècle. Les Hereros ont été des farouches résistants à la colonisation allemande dans la région
centrale du Sud Ouest africain (devenu pour l'essentiel la Namibie aujourd'hui).
Leur massacre est d’ailleurs surnommé, à juste titre, « le premier génocide du siècle ».
Les faits
historiques :
A la fin du XIXème siècle l'Europe est bien décidée à se partager
l'Afrique; en 1884-85 le Congrès international de Berlin organisé sous l’arbitrage de Bismarck, fixa les règles qui
devaient présider au partage de l’Afrique mais sans délimitations géographiques claires. Pour détourner la France de l’Alsace-Lorraine et de
« l’esprit revanchard », Bismarck appuya de grands avantages pour la France en Afrique, en effet Bismarck se désintéresse de la question coloniale. Mais l’arrivée sur le
trône de Guillaume II en 1888 et sa décision d’écarter Bismarck en 1890 modifia la donne coloniale. Guillaume II veut défendre le droit à coloniser de
l'Allemagne et notamment en Afrique et Chine.
Caricature allemande
Ú au moment de la conférence de Berlin : L'Afrique sauvage
- Caricature allemande, 1885. Légende : "Pauvre nègre il passe des mains de l'esclavage à celles de la civilisation "Le personnage de
gauche est un Anglais, celui de droite un Portugais.
Note : l'esclavage est resté très actif dans les colonies portugaises. Au Brésil il ne fut aboli qu'en 1882.
§ Le véritable colonisateur du Sud Ouest Africain fut un négociant de Brême,
Adolf Lüderitz Ø qui,
en 1882, demanda à son gouvernement une protection militaire pour défendre les territoires qu’il avait achetés à un chef nama. En
1883, et en 1884, le gouvernement allemand sous le chancelier Otto von Bismarck proclama un protectorat sur la région d’Angra Pequeña, rebaptisée Lüderitz Bay, à
laquelle il
ajouta bientôt le reste du Sud-Ouest Africain qui devint une colonie allemande
en 1892. En 1908, des diamants furent découverts près de Lüderitz, ce qui provoqua une importante immigration d’Européens et l’essor du chemin de fer
(×
une des premières locomotives du pays). En parallèle, le développement des mines de cuivre, de zinc et de plomb de Tsumeb (nord-ouest du pays) et l’élevage, dans
le Sud, de l’agneau caracul (dont on produit la fourrure d’astrakan) entraînèrent prospérité et essor
économique.
De 1884 à 1915, l’Allemagne a administré la Namibie, alors appelée « l’Allemagne de l’Afrique du
Sud ». Malgré le départ des autorités allemandes en 1918, la marque allemande est encore très présente dans le pays (par exemple dans l’architecture urbaine de
Windhoek
H ). Les agences de voyage
allemandes proposent la Namibie comme une destination fréquente.
(Rues de Windhoek, le vieux fort de Windhoek, hôtel à Windhoek, bière
namibienne).
Des conflits éclatèrent entre populations indigènes et Européens,
surtout au sujet de la possession de la terre. Au cours de cette colonisation, la pérennité des divers abus que sont les vols des terres, du bétail, des femmes et le lynchage permanent
des hommes Hereros par le colon allemand finissent par lasser le peuple bafoué.
En 1903, les Namas se révoltèrent ; ils furent suivis en 1904, par un soulèvement sans précédent des Hereros.
Ø Originaires du Nord, ces derniers constituent
alors l'un des principaux peuples du territoire. Le 12 janvier 1904, sur ordre d'un de leurs chefs, Samuel Mahero, des attaques sont lancées contre la ville d'Okahandjo, dans
le centre du pays. 123 colons civils sont tués, ils brûlèrent les maisons n’épargnant que les femmes
et les enfants et volèrent le bétail, des lignes de télégraphe furent détruites et les chemins de fer endommagés. Les missionnaires, sur ordre de
Samuel Maharero, sont épargnés. Au cours des cinq mois suivant, les Herero semblent maîtres de la situation.
Mais le remplacement du major Theodor Leutwein par le général von
Trotha, à la tête du corps allemand, va ruiner les espoirs
d'émancipation des insurgés.
× Le général Lothar von Trotha, officier,
dont la réputation de cruauté s’est faite en Chine et dans l'Est africain allemand
(Tanzanie, Burundi et Rwanda), est appelé dans le Sud-ouest africain
sous domination allemande depuis 1884. Sa réponse ne se fait pas attendre et le sommet de sa riposte est
atteint le 11 août 1904 où, l’armée allemande défait les combattants Hereros au nord-ouest de Windhoek lors de la seule bataille rangée de la guerre . A partir d'août
1904, Von Trotha fait encercler les Hereros de façon à ce que la seule voie possible de fuite fût à l'Est, vers le désert du
Kalahari, raconte Ingolf Diener, spécialiste de la Namibie, dans l'un des rares ouvrages en français publiés à ce jour sur ce pays d'Afrique Australe (Apartheid! La cassure: la Namibie, un peuple, un devenir, Arcantère éditions, Paris, 1986).
Pour tout Herero encore en vie, la fuite devient le seul recours. De ce fait, plusieurs centaines chercheront
à quitter le pays et nombre d’entre eux mourront de soif dans la région aride d’Omaheke.
Le colonisateur n’arrête
pas là sa destruction et veut en finir avec le peuple « irrévérencieux ». Un
« ordre d’extermination » est donné par
le Général Von Trotha à son état major.Ø
Le«Grand
général du puissant Kaiser, Von
Trotha», comme il se qualifiait lui-même, écrit le 2 octobre 1904 : «Les Hereros ne sont plus des
sujets allemands. S'ils n'acceptent pas, ils seront contraints
par les armes. (Ils) doivent quitter le pays sinon, je les délogerai avec le « groot Rohr » (grand canon)…
Tout Héréro aperçu à l'intérieur des frontières allemandes
[namibiennes] avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d'ici - ou seront fusillés. Aucun prisonnier mâle ne sera pris. Ils seront fusillés. Décision prise pour le
peuple Héréro. Dans les frontières allemandes, chaque Herero armé ou non, en
possession de bétail ou pas, sera abattu. Je ne recevrai plus de femmes ou d’enfants. Je les renverrai aux leurs, ou je leur ferai tirer dessus». « Ma politique a toujours été d'exercer celle-ci par le
terrorisme brutal, voire par la cruauté. J'anéantis les tribus insurgées dans des flots de sang et d'argent. C'est la seule semence pour faire pousser quelque chose de nouveau qui soit
stable.»
Von Trotha met en place une stratégie
implacable avec des poursuites cruelles et sans répit qui débouchent souvent sur des assassinats
barbares. Von Trotha établit un cordon militaire le long du désert, envoie des commandos chargés d'éliminer les Hereros
et d'empoisonner les points d'eau. Pendant près de trois ans, une répression systématique est exercée: exécutions sommaires, pendaisons, enfants passés par la baïonnette,
corps des suppliciés laissés en exemple.
F En mai 1906, alors que le gouverneur civil, von Lindequist, a déclaré la fin de l'opération, le bilan est
terrifiant. De 86 000 Hereros environ
avant le massacre, il n’en restait plus que 15 000 à survivants à la fin de ce génocide en 1907.
Les 2/3 des survivants
Úauraient fui la région et gagné l’est du pays et les autres, les colonies alentour,
administrées par d’autres Etats européens.
Ceux qui sont restés sont enfermés dans des sortes de camps de concentrations où ils sont soumis à
des travaux forcés –par exemple dans les mines
-E
. Par la suite, ce peuple, privé de tout ce qui symbolisait son identité (terres, boeufs, insignes tribaux), et pour partie
parqué dans une «réserve tribale», servira de main d'œuvre servile aux colons. Des femmes feront même office d'esclaves sexuelles auprès de certains Allemands. Malgré le
déséquilibre des forces en présence, les atrocités, la dispersion, ils continuèrent à revendiquer leur indépendance.
La longue lutte pour la
reconnaissance :
Lorsque les Allemands furent privés de leurs colonies africaines, à la fin de la 1ère Guerre mondiale, l'Afrique du Sud, alors rattachée à la couronne britannique, produisit certes un rapport accablant sur ces événements pour mieux obtenir un mandat de la Société des Nations (SDN) sur le Sud-ouest africain (SOA), qui passa plus tard sous la domination d’une Afrique du Sud indépendante du Royaume Uni et donc sous le système d'apartheid.
L’ONU refusa la proposition d’intégration du SOA à l’Union sud-africaine et revendiqua le droit de l’administrer. L’intransigeance de Prétoria, renforcée après l’avènement de l’apartheid (1948), favorisa la formation de nombreux groupes politiques comme la SWANU (Union nationale du Sud-Ouest africain), qui se scinde sur une base ethnique ovambo en 1960 pour créer la SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain) dirigée par Sam Nujoma (1929-). La répression de la contestation par la police, comme en 1959 à Windhoek, le projet sud-africain de division du territoire en trois parties séparées et surtout le rejet du droit de l’ONU sur le Sud-Ouest africain par la Cour Internationale de Justice (1966) précipitent le protectorat dans un conflit armé. La SWAPO est la principale organisatrice de la lutte et est reconnue par l’ONU comme le représentant légitime du peuple du Sud-Ouest africain. De nombreux leaders indépendantistes sont emprisonnés. En 1973, la grève générale et le boycottage massif des élections du futur homeland de l’Ovamboland se heurtent à une forte répression qui provoque un exode massif vers les bases de la SWAPO en Zambie.
L’accession à l’indépendance de l’Angola et du Mozambique en 1975 et l’accession de communistes à la
direction des nouveaux États ont modifié la stratégie sud-africaine dans le Sud-Ouest africain. Celui-ci est désormais perçu comme une zone tampon. Le Premier ministre Balthazar Johannes
Vorster (1915-1983) ouvre la voie d’une détente avec les organisations présentes sur le territoire. Entre 1975 et 1977, la conférence de Turnhalle définit les
modalités d’accession à l’indépendance. Un gouvernement intérimaire est formé autour d’une coalition libérale, mais des désaccords
persistent, notamment à propos de la restitution des terres et du statut du port de Walvis Bay. Ce dernier sera conjointement géré par les deux pays jusqu’à la fin des
années 1990.
En 1988, le retrait sud-africain du conflit angolais ouvre la voie à une indépendance définitive de la Namibie. L’ONU en supervise le processus dans un climat de violence persistant. L’Assemblée élue lors des élections de 1989, remportées par la SWAPO, devient Constituante, et prononce l’indépendance le 21 mars 1990.
Pendant des années, ce massacre des Hereros a été largement ignoré de la communauté internationale, en dépit des appels lancés, notamment aux Nations unies, par le chef
Hosea Kutako,
Ø l'une des figures historiques de la communauté.
Sa statue à Windhoek
Ú .
En 1996, une délégation namibienne tenta de rencontrer le chancelier Kohl, en visite à Windhoek, la capitale namibienne. Sans succès. «Il n'a pas voulu les recevoir, confie Ingolf Diener. En fait, la Namibie est le pays qui reçoit le plus d'aide des Allemands et ceux-ci estiment que c'est une forme de réparation pour les exactions de la colonisation.» Même le parti socialiste et les verts allemands contribuaient à freiner tout processus de reconnaissance. Du coup, les autorités namibiennes soucieuses de ne pas froisser leur principal bailleur de fonds, ne souhaitaient pas endosser les revendications des Hereros d'autant qu'au sein de la SWAPO, le parti au pouvoir, on soulignait que d'autres populations avaient souffert de la colonisation.
C’est en 1998 que le monde entier découvre le passé douloureux de l’ethnie
Herero. L'Alliance
démocratique de Turnhalle, le principal parti
d'opposition en Namibie, qui bénéficie d'importants soutiens dans cette communauté, décida d'appuyer leur
cause. Les descendants de ce peuple osèrent enfin attaquer l’Allemagne devant la justice.
En juin 2001, un cabinet d'avocat a déposé plainte devant un tribunal du district de Columbia, aux
Etats-Unis, contre trois entreprises allemandes auxquelles il réclame 2MM $ de dommages et intérêts : La Deutsche Bank
AG, Woermann Line (devenue depuis SAFmarine) et Terex Corporation
sont accusées d'avoir aidé l'Allemagne impériale à mener les massacres commis au début du siècle et à réduire les Hereros en esclavage. En septembre 2001, une autre procédure en réparation, cette fois
contre l’Etat allemand, a été lancée, réclamant aussi 2MM $ de dommages et intérêts (soit au total 4MM$). Le
moment n'a pas été choisi au hasard. La question des réparations pour l'esclavage et la colonisation a été l'un des principaux thèmes de la conférence de l'ONU sur le
racisme à Durban, en Afrique du Sud, du 31 août au 7 septembre 2000. Les représentants des Hereros s'appuient également sur la jurisprudence récente concernant les victimes
des nazis, qui ont obtenu des compensations, aux Etats-Unis, pour l'holocauste de même que pour le travail forcé dans les industries allemandes pendant la seconde guerre. C'est pour
cette raison que les avocats ont préféré s'adresser à la justice américaine, à leurs yeux davantage susceptible d'accéder à leurs demandes. En Allemagne,
l’ONG allemande « Société des peuples
menacés » a elle aussi réclamé que Berlin fasse ses excuses au peuple Herero pour avoir commis, selon l’ONG, des actes de «génocide». Le groupe qui les représente s’appelle la « Corporation de réparation au peuple Herero ».
Entre opposition ou cooptation, ils cherchent actuellement leur place dans un paysage politique dominé par la Swapo, parti de l’ex-président Samuel Nujoma et son
ethnie Ovambo.
Ces demandes sont restées vaines jusqu’en 2004. En effet, à maintes reprises, l’Allemagne évoqua sa «responsabilité historique» envers la Namibie, mais Berlin se refusait à des «excuses» envers les Hereros ainsi que le prouva encore en octobre 2003, son chef de la diplomatie, Joschka Fischer, ministre des affaires étrangères allemand, du parti des verts. Lors de sa tournée en Namibie et notamment dans la capitale à Windhoek il prétendit qu'il y avait des recours possibles, auprès des tribunaux Etats-Uniens, pour les plaintes déposées par les namibiens à l'encontre de l'Allemagne. Le chancelier Gerhard Schroder, qui effectua en janvier 2004 une tournée dans quatre pays africains, sa première sur le continent, n’est pas passé pas par la Namibie, malgré une étape en Afrique du Sud voisine.
Enfin, les excuses allemandes : La Namibie
a lancé le 10 janvier 2004 les commémorations du centenaire de l’insurrection des Héréros contre l’occupant allemand (1904-1907), une des plus sombres pages de
l’histoire coloniale d’Afrique australe. Un haut représentant de l’ethnie Herero, Mburumba Kerina, conseiller spécial du chef des Hereros, dans une interview au quotidien
Tagesspiegel, déclara début 2004, que les jeunes générations pourraient se retourner contre les Blancs germanophones du pays s’ils n’obtenaient ni excuse, ni compensation financière
allemande. «Les jeunes générations n’ont pas la patience d’ange des plus anciens. S’il n’y a pas d’accord, ils prendront probablement les choses en mains». «Ce qui s’est passé au
Zimbabwe pourrait facilement se répéter ici», «Le futur de ce pays - réconciliation, développement et sécurité - dépend du résultat de la procédure contre l’Allemagne», a-t-il
ajouté.
A Okahandja, ancienne capitale des Hereros située à 70 kilomètres au nord de
Windhoek, 600
personnes entouraient l’ambassadeur
allemand, Wolfgang Massing et le chef suprême des Hereros, Kuaima Riruako, alors qu’ils déposaient une gerbe de fleurs sur la tombe de l’ancien chef
Maharero. L’ambassadeur a exprimé le 11 janvier 2004 le «profond regret» de Berlin : « Nous allons donner aux descendants Hereros victimes du génocide, leur dignité ». mais les Hereros attendaient néanmoins des excuses formelles et des réparations financières allemandes. Manquaient à cette
cérémonie, Samuel Nujoma le Président de la Namibie (remplacé le 21 mars 2005 par Hifikepunye
Pohamba), et les membres de son gouvernement. L’absence du Président de la République a été vivement critiquée par Kuaima Riruako, ainsi que par le leader de
l’opposition Katuutire Kaura, lui aussi Herero : « Le peuple Herero l’a aidé à fuir la Namibie pendant les luttes d’Indépendance du sud-ouest de l’Afrique, à passer la frontière et
à gagner le Botswana pour son exil. Et aujourd’hui, il n’est pas là ». Néanmoins, Kuaima Riruako a exhorté le Président à faciliter les négociations avec le gouvernement allemand pour
les réparations attendues par son peuple. A l’issue de la cérémonie, le chef des Hereros a insisté sur la poursuite du dialogue entre les deux Etats, pour que les blessures du passé
soient « guéries ». Il a aussi appelé l’ancien colonisateur à reconnaître le génocide « de son peuple », et à engager un dialogue avec les siens.
Une semaine seulement après le début des commémorations du massacre des Hereros, David Hoveka Meroro, un important dirigeant de la Swapo (= l’Organisation des peuples du Sud-Ouest africain, South West Africa people Organization) appartenant à l’ethnie herero, s’est éteint à 87 ans à l’hôpital de Windhoek. Il fut en 1960 un militant du parti Herero, l’Union d’Afrique du sud-ouest, devenu en 1962 le Swapo, (du président Samuel Nujoma) dont il devient le dirigeant national en 1964 après le départ en exil de la plupart de ses dirigeants. Il a déposé plusieurs demandes auprès des Nations unies pour libérer la Namibie du régime sud-africain et il a été arrêté et détenu à plusieurs reprises en essayant de contacter des représentants de l’Onu de passage en Namibie. En 1975, après un nouveau séjour en prison, il s’enfuit en Angola et ne revient qu’avec le dirigeant de la Swapo, Samuel Nujoma, en 1989, quelques mois avant l’indépendance. Il était membre de l’Assemblée constituante qui a établi la constitution namibienne en février 1990 et membre du comité central et du Bureau politique de la Swapo.
Finalement en août 2004 l'Allemagne a fini par présenter des excuses aux Hereros, par la voix de sa ministre de la Coopération et du Développement, Heidemarie Wieczoreck-Zeul : « Nous Allemands, acceptons notre responsabilité morale et historique, je vous demande de nous pardonner », a-t-elle déclaré au cours d'une cérémonie commémorative organisée au nord de la Namibie. Ce geste sans précédent a été salué aussi bien par le gouvernement namibien que par les Hereros. Ce qui ne les a pas empêchés de réclamer à nouveau des réparations. La ministre de la Coopération s'est en revanche engagée à accroître son soutien financer à la Namibie. Avec 12 millions d'euros par an, l'Allemagne est déjà le premier fournisseur d'aide à la Namibie.
§ Jean-Marie Teno dans le début de son dernier documentaire, « Le malentendu
colonial. » (France-Allemagne-Cameroun, 1h18, sorti en France
le 14 septembre 2005) analyse le rôle de la mission de Rhénanie, qui a précédé, accompagné et survécu à la colonisation allemande en Afrique. Wuppertal
en Namibie portait déjà ce nom en 1829, grâce à l’établissement de missionnaires dans la région. C’est aussi l’occasion d’une réflexion sur la colonisation, que la propagande
coloniale appelait alors « mission civilisatrice ». Grâce aux témoignages et interviews croisés de différents acteurs, hommes d’église et historiens africains
et allemands, Jean-Marie Teno s’attache à mettre en lumière les contradictions et l’hypocrisie des discours coloniaux. Comme dans certains de ces précédents films, Jean-Marie
Teno raconte son cheminement en voix off, et entraîne de façon très personnelle le spectateur dans ses va-et-vient entre l’Europe et l’Afrique.
Ce documentaire est un film de commande de l’Allemagne, à l’occasion du centenaire du génocide des Hereros, en Namibie. Basés sur des documents et des photographies d’époque, certains passages du documentaire sont extrêmement durs, expliquant que l’« ordre d’extermination » donné en 1904 par le général Lothar von Trotha, alors que les Hereros sont en fuite, ne relève plus de la stratégie militaire, mais de l’acharnement.
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