Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 08:01

Marius Kaloïe, mort à l’âge de 31 ans, dans un accident de tramway en 1941 fut enterré à Talence près de Bordeaux. Il était le dernier des 111 Kanaks de Canala et des Loyauté partis en 1931 pour l’Exposition coloniale de Paris,  ils croyaient aller présenter leur culture aux Français, ils  furent en fait exhiFDJ_mariusNB-Canaque--Co--Lnc.nc.jpgbés comme « cannibales » au bois de Boulogne et en Allemagne.

Dans un petit coffret contenant ses ossements et un peu de terre de Bordeaux,  Marius a été ramené à Tontouta le 19 juin 2011 par sa fille, Sylvette Kaloïe, 71 ans aujourd’hui, qui avait 15 mois à la mort de son père et ne l’a pas vraiment connu; elle n’a aucun souvenir personnel, seulement quelques photos.

Il sera inhumé chez lui, à Nathalo, le 9 juillet 2011, sa tribu d’origine et siège de la grande chefferie du Wetr,  au retour de Métropole du grand chef Pascal Sihaze qui présidera  la cérémonie célébrant ce retour exceptionnel.

 

Retour sur l'Expostion Coloniale de 1931 :

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31615907.html

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31495623.html

 

 http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31578625.html

§ Histoire de la Vénus hottentote :

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31303472.html

 § Histoire des « zoos humains » en Europe et en France :

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-31495623.html

 

FDJ lettreNB Canaque (Co) Lnc.nc

Bibliographie, filmographie :

 « Canaques de la Nouvelle-Calédonie à Paris en 1931. De la case au zoo », par Joël Dauphiné, éditions L’Harmattan, 1998.

« 1931 : des Kanaks à Paris, Mwà Véé » n° 13, juillet 1996.

 « Cannibale », roman de Didier Daeninckx, éditions Verdier, 1998.

« Cannibales, des Kanak à Paris », un film de 26 minutes de Brigitte Whaap, 2009. La cinéaste calédonienne réalise actuellement un documentaire de 52 minutes sur ce même sujet.

 

 

Plus de détails sur :

http://www.lnc.nc/article/pays/le-retour-de-marius-kaloie

Par Giacobi Daniel - Publié dans : Mémoire et histoire - Communauté : géopolitique
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Jeudi 5 mai 2011 4 05 /05 /Mai /2011 13:00

LE DERNIER COMBATTANT (MAIS IL N'ETAIT PAS UN POILU)  DE LA 1ère GUERRE, CLAUDE STANLEY CHOULES EST MORT LE 4 MAI 2011 :

Le seul autre vétéran de la Grande guerre encore vivant est une femme, la Britannique Florence Green, qui servait dans la Royal Air Force, mais qui n'a pas combattu.

 


Toutes nations confondues, au 25 août 2009, 3 vétérans de la 1ère Guerre mondiale survivaient encore, un Britannique, un Canadien et un Américain ; mais aucun n’avait combattu dans les tranchées. Au   1er mars 2011, il n'en restait plus qu'un :

 

l Claude Stanley Choules est né au Royaume Uni à Pershore dans le Worcestershire le 3 mars 1901, il est mort le 4 mai 2011, âgé de 110 ans, il a été m arin dans la Royal Navy qu’il avait rejointe en 1916 à 17 ans. Il servit dès 1917, à bord du cuirassé HMS Revenge en Mer du Nord. Il n'était donc pas un "poilu" quoi qu'en disent LeTélégramme, Le Parisien et  La Croix dans leurs articles du 5 mai 2011En 1926, il s’installa en Australie où il vivaitt chez sa fille à Perth, dans l'ouest du pays. Il a également participé à la Deuxième guerre Mondiale en tant que soldat. Il devait saboter les ports de Fremantle en cas d’invasion japonaise de l’Australie

 

 

 

 

















Voir article de l'Express:

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/le-dernier-poilu-du-monde-a-110-ans_968404.html

Avec une rectification importante : Claude Stanley Choules était marin, il n'a jamais combattu dans les tranchées, il est donc un vétéran de la 1ère  Guerre mais pas un poilu.
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Le-dernier-poilu-de-la-premiere-guerre-mondiale-est-mort-_NG_-2011-05-05-612784

http://www.leparisien.fr/international/premiere-guerre-mondiale-le-dernier-poilu-au-monde-s-est-eteint-05-05-2011-1436341.php

http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/monde/australie-mort-du-dernier-poilu-qui-haissait-la-guerre-05-05-2011-1291569.php



MORTS DE JOHN BABCOCK ET FRANK BUCKLES:

 

 
John F. Babcock  est né le 23 juillet 1900, mort âgé de 109 ans, en 1916 il s’engagea dans le Corps expéditionnaire canadien, il fut entraîné au Royaume Uni où il intégra le « Young Soldiers Batallion » formé de 1300 hommes,  mais en raison de son jeune âge il ne fut pas engagé dans les combats en Europe.  En 1924 il s’installa aux EU où il vit aujourd'hui à Spokane dans l’Etat de Washington. C’est le dernier combattant canadien de la: Grande Guerre. Il avait été fait chevalier de la Légion d’Honneur par Jacques Chirac en 2003, il avait reçu en 2008 la médaille d’or du Mérite des Veteran of Foreign Wars  et l’autorisation du gouvernement fédéral des EU d’être enterré au Cimetière militaire de Arlington.
ll est mort le 18 février 2010: 

http://.fr.wikipedia.org/wiki/John_Bacock

 

 

 

 

 

 

 

l Frank Buckles est né le 1er février 1901 aux EU à Bethany dans le Missouri, âgé de 110 ans, il est mort le 29 février 201; en 1917 il s’engagea dans l’armée des Etats Unis à l’âge de 16 ans. Il mentit sur son âge pour pouvoir s’engager et prétendit avoir 18 ans. En décembre 1917, il part pour la France et fut ambulancier et motard pour le 1er Détachement de blessés Fort Riley à l’arrière du front avant d'être affecté à la surveillance et l'escorte de prisonniers allemands. Stationné en Allemagne, il y  obtint le grade de caporal. Il est le dernier vétéran de l'armée américaine à avoir servi en zone de combat Il vivait en Virginie Occidentale à Charlestown (côte est). Il a reçu en octobre 2008 à l'ambassade de France à Washington les insignes d'officier de la Légion d'honneur. Dans les années 1920 il travailla pour la compagnie White Star Line au Canada. Pendant la 2nde Guerre mondiale il travaillait pour une compagnie marit ime américaine aux Philippines et fut capturé par les Japonais en 1942. Il passa 3 ans dans le camp de Los Baños, souffrant de la malnutrition (50 kg à sa libération le 23 février 1945). Marié en 1953, il acheta une ferme en Virginie occidentale ; il eut une fille et sa femme mourut en 1999.

Interrogé sur la 2nde Guerre d’Irak, il répondit : « Je ne suis pas un expert, mais je ne suis pas pour une guerre à moins qu’il n’y ait urgence ». Il avait rencontré le Secrétaire d'Etat de George Bush puis de Barack Obama, Robert Gates. Il militait depuis plusieurs années pour la rénovation du Monument à la mémoire des victimes américaines de la 1ère Guerre mondiale à Washington. Il l'avait demandé devant le Congrès en décembre 2009. Les travaux ont commencé à l'automne 2010.

 

 

HORS DE FRANCE

 

DANS L’ARMEE BRITANNIQUE

l Harry Patch, né le 17 juin 1898 dans le village de Combe Down au Somerset, est mort le 25 juillet 2009 à l’âge de 111 ans à Wells dans la maison de retraite de Glastonbury dans le Somerset. "Il s'est éteint tranquillement à 9h ce matin", a déclaré Andrew Larpent, directeur de la maison de retraite. "Cela s'est passé comme il l'aurait souhaité, sans avoir à être transporté dans des hôpitaux mais ici, paisiblement, avec ses amis et le personnel qui s'en occupait" a-t-il ajouté. IL FUT LE DERNIER COMBATTANT DES TRANCHEES, LE DERNIER POILU SURVIVANT, "le dernier vétéran de toutes nationalités confondues à avoir servi dans les tranchées » selon les termes du communiqué du Ministère de la Défense britannique. Sa disparition survint une semaine après celle de Henry Allingham, autre survivant de la Première Guerre mondiale. Il était donc le dernier "Tommy", surnom donné autrefois aux soldats britanniques, à avoir effectivement combattu sur les pires fronts de la "Grande Guerre".

Plombier en formation, Patch fut recruté à l'âge de 18 ans en 1916 dans la 7ème division d'infanterie légère du Bataillon "Duke of Cornwall" pour servir sur le front Ouest dans les tranchées d'Ypres. A 19 ans il servit comme mitrailleur durant quatre mois à l'été 1917, il fut blessé à la bataille de Passchendaele près d’Ypres (Belgique) dans laquelle plus de 500 000 hommes - 70.000 Britanniques – périrent, dont trois de ses plus proches amis. Il a été décoré Officier de la Légion d’honneur et Chevalier de l’Ordre de Léopold.

è Fait notable, son détachement de mitrailleurs, qui comptait cinq soldats, avait fait le serment d'éviter, si possible, de tuer un combattant ennemi, mais au contraire de viser les jambes car disaient-ils, malgré l’uniforme tous le combattants restaient des hommes. Le 22 septembre 1917, un obus avait explosé au-dessus de sa tête, tuant trois de ses camarades. Grièvement blessé par un éclat, Harry Patch avait été renvoyé chez lui après quatre mois dans les tranchées. Des atrocités de 14-18, il avait gardé un pacifisme militant, qualifiant la guerre de "crime organisé".Ce vieil homme, chrétien pratiquant, donna un témoignage fort en 2003 en participant à une émission télévisée en Grande-Bretagne. Il décrivit son face-à-face avec un soldat allemand. Il s’était alors souvenu, raconta-t-il de l’un des Dix Commandements disant : « Tu ne tueras point » et il décida de tirer une balle dans la jambe du soldat allemand et une dans sa cheville, sans lui donner la mort. « J’avais environ cinq secondes pour décider. Je l’ai mis à terre, mais je ne l’ai pas tué. » Ce témoignage émouvant a beaucoup touché la communauté chrétienne au Royaume-Uni. Après l'armistice, il travailla en tant que plombier jusqu'à sa retraite au début des années 1960. Il avait repris du service lors de la Seconde Guerre mondiale, mais cette fois-ci en tant que pompier dans des camps militaires. Marié, et veuf, à deux reprises, il a laissé deux enfants. L'année dernière, le 11 novembre 2008, Harry Patch, Henry Allingham et Bill Stone, dernier marin survivant de ce conflit, avaient assisté aux cérémonies marquant le 90ème anniversaire de la fin de la guerre. Les trois vieillards fragiles dans leurs fauteuils roulants avaient déposé des brassées de coquelicots au pied du Cénotaphe de Londres. Harry Patch déclarait alors : "Il est important de se souvenir du conflit, des deux côtés. Quel que soit l'uniforme porté, on a tous été des victimes".  - Bill Stone est mort en janvier 2009, suivi par Henry Allingham le 18 juillet puis Harry Patch le 25 juillet- . Lors d'une précédente commémoration, en 2007, Harry Patch s'était dit très ému de "représenter une génération entière". "Aujourd'hui, ceci n'est pas pour moi. C'est pour les innombrables millions qui ne sont pas rentrés chez eux. Ce sont eux les héros. Il est important que nous nous souvenions de ceux qui ont perdu la vie, dans les deux camps", avait-il alors déclaré. "J'ai rencontré des gens du côté allemand, et nous partagions le même avis: nous nous sommes battus, ça s'est terminé et nous étions amis. .. Tous ces morts, toute cette souffrance "n'en valaient pas la peine", disait-il.

è Les réactions : "Nous n'oublierons jamais le courage et le sacrifice énorme de sa génération", a réagi la reine Elizabeth II. Le Prince Charles, en tant que duc de Cornouailles lui a rendu hommage à la BBC et dit sa "grande fierté de rendre hommage à Harry Patch. Harry a été impliqué dans de nombreux combats très durs au front... Harry a toujours chéri l'extraordinaire camaraderie qu'engendrent ces conditions atroces dans le bataillon, et il y est resté loyal jusqu'à la fin". Dans un communiqué, le Premier ministre Gordon Brown rendant hommage à Patch, a évoqué le souvenir d'un "grand homme", assurant que "si la plus noble de toutes les générations nous quitte, elle ne sera jamais oubliée. Nous le disons aujourd'hui avec plus de force encore, nous nous souviendrons d'eux ". Le secrétaire d'Etat français à la Défense et aux Anciens combattants, Hubert Falco a aussi rendu hommage à Harry Patch dans un communiqué transmis à l'AFP: "Après le décès de Lazare Ponticelli, le dernier poilu français l'an dernier, et le décès récent du Britannique Henry Allingham, le doyen de l'humanité, c'est l'un des tout derniers témoins de la Grande Guerre qui s'éteint, je tiens à lui rendre hommage". Le groupe anglais de rock Radiohead  lui a dédié une chanson en août 2009 : « In memory of Harry Patch ».

 

l Henry William Allingham est né à Clapton dans l'est de Londres le 6 juin 1896 et mort dans son sommeille 18 juillet 2009 à l’âge de 113 ans, il était le doyen des vétérans et fut  l'homme le plus vieil homme du monde pendant un mois. Il a connu 3 siècles et 6 souverains britanniques. Il avait été élevé par sa mère et ses grands-parents après le décès de son père lorsqu'il avait 14 mois. Son premier emploi consistait à fabriquer des instruments chirurgicaux, mais il est rapidement entré dans le monde de la construction automobile, travaillant notamment pour la compagnie américaine Ford.Il avait quitté l'école à 15 ans pour travailler dans une usine de voiture. A 19 ans en 1915, après la mort de sa mère,  il fut engagé volontaire, il rejoignit  en tant que mécanicien le service aérien de la Royal Navy - Royal Naval Air Service , l'ancêtre de la Royal Air Force - en septembre 1915.Il fut reversé en 1917 dans une unité de la Royal Air Force tout juste créée en avril 1918 et dont il était également l'ultime fondateur encore en vie, c’est en son sein qu’il combattit sur le front français (Somme). En 1916, il avait pris part à la célèbre bataille navale du Jutland- la plus grande bataille navale de 1914-1918 - il restait le seul à avoir combattu du début à la fin du conflit.  A ce titre, depuis 2004, chaque année le 11 novembre il se rendait en France dans l'Audomarois à Saint Omer  pour se recueillir au Monument aux Morts. Roger Winock président du Comité d'entente des anciens combattants et victimes de guerre rappelle que le Britannique est venu à Saint-Omer en septembre 2004, pour l'inauguration de la stèle à la mémoire de la Royal Air Force, à l'aérodrome des Bruyères. Il faisait partie des 4300 militaires qui étaient basés sur le plateau des Bruyères, pendant la Première Guerre mondiale, et était à ce titre, invité d'honneur. Il avait reçu la Légion d'honneur en France en 2003 et avait été promu en mars 2009 au rang d'officier de la Légion d'honneur. «  Il est revenu tous les ans, sauf l'année dernière », se souvient Roger Winock. «  Pour le 90e anniversaire de l'Armistice, il était retenu en Grande-Bretagne ». Il ne reviendra jamais. «  Nous espérions le recevoir cette année... » mais on se rappellera de cet homme «  extraordinaire, à la mémoire incroyable pour son âge ». Après 80 ans de silence, Henry Allingham avait passé la fin de sa vie à témoigner auprès des jeunes générations des souffrances de ses frères d'armes. «Il faut que tout le monde sache que les jeunes de 14-18 sont morts pour nous. Nous devons prier pour que cela ne se reproduise plus», répétait celui qui s'était enrôlé dans l'armée, par passion pour l'aviation, alors à ses balbutiements. En novembre 2007, le vétéran britannique s'était rendu au collège de l'Esplanade, où, à l'aide d'un interprète, il avait pu échanger avec les élèves. «  On était présents avec Jean-Jacques Delvaux. Henry Allingham avait rencontré les élèves, participé aux discussions. J'ai vraiment un grand respect pour cet homme, j'en garde un excellent souvenir. » «  Il prêchait la paix, Ça, c'est très important à retenir de lui. » L'homme avait été nommé citoyen d'honneur de la ville de Saint-Omer. Le souvenir de ce dernier témoin d'une époque restera gravé dans les esprits de ceux qui ont pu le rencontrer.

Après le 1er conflit mondial, il avait repris le chemin de l'usine, travaillant chez Ford et finissant sa carrière au département de design. Pendant la guerre de 39-45, Henry avait travaillé à la mise au point de systèmes pour contrer les mines magnétiques. Il expliquait sa longévité hors norme par "les cigarettes, le whisky et les femmes très, très libérées". Plus sérieusement le vétéran confiait : «Je n'ai jamais eu un tempérament inquiet… L'important c'est de connaître ses limites. J'ai eu deux dépressions dans ma vie une pendant la guerre et une après, dans les deux cas je tentais de faire le travail de trois hommes». Il s'était marié avec Dorothy en 1918, était veuf depuis 1970. Il a eu deux enfants, cinq petits-enfants, 12 arrière-petits-enfants, 14 arrière-arrière-petits-enfants et un arrière-arrière-arrière-petit-enfant. Ses deux fils sont morts avant lui. Il vivait dans la maison de repos d'Ovingdean, réservée aux anciens combattants, près de près de Brighton, sur la côte sud de l'Angleterre. "Il est mort de manière tout à fait apaisée", a dit une porte-parole de la maison de retraite de St. Dunstan. "C'était une triste journée, nous étions tous très attristés", a-t-elle ajouté.

"J'ai eu le privilège de rencontrer Henry plusieurs fois. Il avait un caractère extraordinaire, c'était l'un des derniers représentants d'une génération de caractères extraordinaires", a déclaré dans un communiqué le Premier ministre britannique, Gordon Brown. « Je suis profondément attristé d'apprendre la mort d'Henry Allingham», a déclaré le secrétaire d'Etat britannique aux Anciens combattants, Kevan Jones. «Pour quelqu'un de son âge, son appétit de vie était extraordinaire.»

 

l William Stone  né le 23 septembre 1900, veuf en 1995 il vivait auprès de sa fille dans le Oxfordshire dans le sud de la Grande-Bretagne où il est mort le 10 janvier  2009 à 108 ans. Il était le 10ème enfant d’un fermier du Devon dans une famille de 14 enfants. Incorporé le jour de ses 18 ans le 23 septembre 1918 dans la Royal Navy, il ne put prendre part aux combats, étant encore en formation le jour de l'Armistice. Matelot léger il fut persuadé de devenir un chauffeur - travaillant dans la chambre des machines du navire à vapeur - par ses trois frères qui l’étaient aussi.  Il a servi pendant 27 ans la Marine royale sur le HMS Tiger, le HMS Hood avant qu’il soit coulé par le Bismarck ;  il y était devenu le coiffeur en titre. Il participa à la 2nde Guerre mondiale. En 1940 à Dunkerque il prit part au sauvetage de plus de 1000 soldats à bord du dragueur de mines Salamandre qui fit cinq allers-retours bien qu’il fut touché à plusieurs reprises. Il participa au débarquement en Sicile en 1943.   On lui a décerné la Médaille de guerre britannique, l'Atlantic Star, l’Africa Star et la Médaille de guerre 1939-1945.  Il a échappé à la mort dans toute une série de conflits sanglants, survivant aux bombes, aux torpilles, aux mines et aux tirs d'artillerie sans une égratignure. Après guerre, Premier Maître en retraite, il ouvrit un salon de coiffure.

 










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William Young  est né le 4 janvier 1900 est mort à 107 ans le 24 juillet 2007, il fut le dernier vétéran connu de la          " Royal Flying Corps " . Il servit en France pendant la Première Guerre mondiale en tant qu'opérateur radio pour les forces britanniques. Il s'engagea en janvier 1918 au sein de la " Royal Flying Corps " avec les " Bergers Bush ". Il est envoyé en formation radio (sur des récepteurs radio tuner à ondes courtes) à Farnborough. Il partit pour la France en juin 1918 dans la 14ème "Brigade Royal Horse Artillery " (= régiment d'artillerie) près de Bapaume (secteur britannique situé sur le front occidental entre Armentières et les Gobelins). Là, près de la frontière franco-belge, il participa en août 1918 à l'offensive britannique mettant aux prises les 1ères et 2èmes  unités allemandes de la ligne Hindenbourg et la 14ème " Brigade Royal Horse Artillery " de William Young. En tant qu'opérateur radio il assura la liaison entre les observations aériennes (en ballon) et les tirs d'artilleries et les déplacements de troupes. Deux jours après l'Armistice il tombe malade (la grippe espagnole). Après son rétablissement, il rejoint les troupes d'occupation en Allemagne à Cologne : il y surveille les ponts du Rhin. Il est démobilisé en août 1919. Après la Seconde Guerre mondiale, il s'installa en Australie  et créa une usine dans l'ouest australien, à Perth. C'est là qu'il termina ses jours, entouré des siens.

 

l UNE RENCONTRE UNIQUE :   Le 6 mars 2008 en Angleterre, à l’initiative de l'association "World War One Veterans Association", de Brenda et Denys Goodwin, avaient été réunis trois des derniers vétérans de la Grande Guerre encore en vie dans le monde : Henry Allingham, 111 ans, leur doyen ; Harry Patch, 109 ans, ultime rescapé britannique des tranchées ; William Stone, dernier vétéran britannique à avoir servi lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. On félicita Harry Patch pour son livre qui venait de sortir: On aborda le 90ème anniversaire de la fin de la guerre de 1914-1918, et des cérémonies auxquelles les 3 hommes devaient participer. Une petite délégation franco-allemande présente à titre amical offrit à chacun des vétérans une photo de M. Ponticelli (le dernier Poilu français ), prise lors des cérémonies du 11 novembre 2007. Elle offrit des spécialités de la région dunkerquoise. M.M. Allingham, Patch et Stone, qui stationnèrent dans cette ville lors de la Première Guerre mondiale, en gardaient un parfait souvenir. La douzaine de convives passa à table. Henry Allingham porta un toast à sa Majesté la Reine d'Angleterre, puis, spontanément, l'ensemble des convives porta un toast à la Chancelière d'Allemagne et au Président de la République française. Le repas commença : les vétérans montrèrent leur bon appétit et William Stone fit honneur au vin rouge (un Bordeaux). Le repas se passa dans la bonne humeur Après le café, les trois vétérans dédicacèrent ouvrages et autres documents. Ils acceptèrent de parler de la Grande Guerre :  William Stone raconta son engagement dans la marine en 1918, sa carrière militaire et la Seconde Guerre mondiale à laquelle il prit part. Harry Patch parla des tranchées et de la blessure qu'il y reçut indiquant l'endroit sur son corps et, avec ses mains, montra la longueur du projectile. Le repas se termina par une petite coupe de champagne. Henry Allingham et William Stone, heureux, chantèrent des chansons anglaises de leur époque. Harry Patch, plus discret, les écoute avec bonheur. Ainsi s'achevait une formidable journée.

 
















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Le 11 novembre 2008 pour le 90ème anniversaire de la fin de la guerre de 1914-1918 les 3 hommes participèrent aux cérémonies officielles au London's Cenotaph..













 

 

DANS L’ARMEE AUSTRALIENNE

 

l Jack Ross  né le 2 août 1899 et mort le 3 juin 2009  à 109 ans, était le dernier vétéran australien de la Grande Guerre. Engagé en février 1918 dans l'armée australienne, il devient opérateur radio et rejoint un bataillon dans l'Etat de Victoria (Australie). Mais la guerre prit fin sans qu'il ait connu les combats. John Ross vivait en Australie dans une maison de retraite de la ville de Bendigo (Etat de Victoria).

 




DANS L’ARMEE ITALIENNE

 

l Delfino Borroni  est né le 23 août 1898, il est mort le 26 octobre 2008  à 110 ans. Il intégra en janvier 1917, le corps des Bersaglieri, corps d'élite de l'infanterie italienne et combattit les Austro-hongrois dans le Tyrol, sur le haut plateau d'Asiago. Affecté en septembre 1917 sur le front oriental dans le secteur de Cividale, il prit part à la bataille de Caporetto. Il vivait dans le nord de Italie à Milan.

 











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.Francesco D. Chiarello né le 5 novembre 1898, est mort le 27 juin 2008 à 109 ans.  Appelé dans l'armée italienne dès 1918, il intègre le 19ème régiment d'infanterie de Cosenza. Envoyé au front dans la région de Trente, il participa à la contre-offensive de la Piave et à la bataille finale de Vittorio Veneto. Il vivait dans le sud de l'Italie.

 

l Battista Serrioli  né le 26 novembre 1900 est mort en décembre 2007 à 107 ans. Incorporé le 23 mai 1918 au 72ème  Régiment d’Infanterie de la Brigade des Pouilles de Vérone, il est transféré sur Padoue pour y suivre une formation militaire. A l'été 1918 il arrive sur le front au Plateau d'Asiago où il combat avec "acharnement". Sachant lire et écrire, il a la responsabilité de soumettre aux supérieurs les demandes de permission de ses camarades. Le 4 novembre 1918, après la victoire finale italienne de Vittorio Veneto, il défile avec sa troupe dans les rues de Trente. Le 05 mars 1919 il quitte l'armée et retourne travailler à ses champs. Il est rappelé par l'armée le 30 janvier 1920 et rendu définitivement à la vie civile au cours de l'année 1921. Battista Serioli n'avait pas le statut d'ancien combattant italien de la Première Guerre mondiale car il ne totalisait pas suffisamment de mois en unité combattante.

 

l Carmelo Bertolami  né le 8 décembre 1900 est mort le 4 novembre à l’âge de 106 ans. Appelé aux armes le 5 mars 1917, il partit aussitôt au front. Il  fut fait prisonnier à Palafavera en juillet 1917 par les austro-hongrois.

 

l Justin Tuveri  né 13 mai 1898 et mort le 5 octobre 2007 à 109 ans. Français par naturalisation et vivant en France depuis les années 1920, il combattit pour l'Italie lors de la Première Guerre.







 

DANS L’ARMEE ALLEMANDE

 

l Erich Kästner fut le dernier soldat allemand de 1ère  Guerre mondiale. Il naquit le 10 mars 1900 à Leipzig- Schönefeld  et mourut à 107 ans le 1er janvier 2008 à Cologne. Il rejoignit l’armée allemande en juillet 1918 dans le Sonder batailon Hauck en France et il défila devant Guillaume II en novembre 1918. Il prit aussi part à la 2nde Guerre mondiale avec le grade de Major, dans un service au sol de la Luftwaffe, la plupart  du temps en France. Devenu docteur en droit, il officia en tant que juge dans une Oberlandesgericht (Haute cour de région). Il passa ses derniers jours dans la famille de son fils à Hanovre. Sa femme est décédée en 2003 à 102 ans.


 

DANS L’ARMEE AUSTRO-HONGROISE

 

l Franz Künstler né le 24 juillet 1900 est mort le 27 mai 2008 à l’âge de 107 ans. Le 6 février 1918, il entra au 5ème  régiment d'artillerie hongrois de Szeged. Après six semaines de formation militaire, il est envoyé sur le front italien et participe aux batailles du Piave (juin 1918) et de Vittorio Veneto (octobre-novembre 1918). Dernier survivant des armées austro-hongroises, il  vivait à Niederstetten, dans le Bade-Würtemberg dans le sud de l'Allemagne. Après la guerre, il combat contre les communistes allemands et reste soldat jusqu'en 1921. Après l’éclatement de l'Empire austro-hongrois, il choisit la nationalité hongroise. Il fut expulsé comme de nombreux autres Hongrois d'ethnie allemande après la 2nde  Guerre mondiale et s’installa en République Fédérale Allemande.

 

DANS L’ARMEE TURQUE OTTOMANE

 

l Yakup Satar  né en Crimée le 11 mars 1898 est mort à Eskisehir chez sa fille le 2 avril 2008 à 110 ans. Il s'engage dans l'armée ottomane en 1915. Il intègre une unité secrète surnommée "gazcilar", dans laquelle des instructeurs allemands les forment à lancer des gaz. Yakup Satar est fait prisonnier par les forces anglo-indiennes lors de la 2ème bataille de Kut-el-Amara, le 23 février 1917, sur le front de Bagdad. Il servit ensuite dans les forces de Mustafa Kemal Atatürk lors de la guerre d’indépendance turque.  Yakup Satar était le dernier vétéran de l'Empire Ottoman.

 

 

 

EN FRANCE

l  Louis de Cazenave, l’avant-dernier poilu de la Première guerre mondiale encore en vie est mort dimanche 20 janvier 2008 à l'âge de 110 ans à son domicile de la Haute-Loire, à Brioude.

Le président Sarkozy a déclaré dans un communiqué : "Sa disparition est pour chacun d'entre nous l'occasion d'avoir une pensée particulière pour ces 1,4 million de combattants français qui ont fait le sacrifice de leur vie durant ce conflit, pour les 4,5 millions de blessés, pour les 8,5 millions de mobilisés. Cette génération n'a plus aujourd'hui qu'un seul représentant".

 

 Mobilisé en 1916, il avait servi dans des régiments d'infanterie coloniale, participant notamment à la bataille de la Somme en juillet 1916 et à l'offensive du Chemin des Dames au printemps 1917, deux des épisodes les plus meurtriers du conflit. Affecté en 1918 à des unités d'artillerie, il avait été démobilisé en 1919.

 

Devenu libertaire, il avait pris sa retraite en 1941, refusant ensuite les honneurs : "Certains de mes camarades n'ont même pas eu le droit à une croix de bois", expliquait-il au journal Le Monde dans un reportage en 2005. Il a tout de même eu la Légion d'honneur en 1999 .La guerre est "un truc absurde, inutile, que rien ne peut justifier, rien", disait l'ancien combattant.

Il voyait le patriotisme comme "un moyen de faire gober n'importe quoi" et racontait ses souvenirs noirs du Chemin des Dames. "Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leurs mères, suppliaient qu'on les achève. C'était une chose horrible. Les Allemands, on les retrouvait quand on allait chercher de l'eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez", racontait-il.

Pourquoi a-t-il survécu là où tant sont morts ? Le hasard, disait-il. "Le hasard des tirs veut que je sois encore là alors que je pourrais être ailleurs depuis longtemps".

 

l Lazare Ponticelli, né en décembre 1897 à Cordani, son village entre Parme et Plaisance, dans les montagnes d'Émilie-Romagne en Italie. Il avait débarqué, seul, gare de Lyon à Paris. Fils de la misère à une époque où des millions d'Italiens prennent le chemin de l'exode, l'enfant est alors âgé de 9 ans. Son père vient tout juste de mourir et une partie de sa famille, dont sa mère, vit en France, «ce paradis où l'on mange», comme le décrivent alors les immigrés. Perdu, il erre trois jours et deux nuits dans les rues de ce pays inconnu dont il ne parle pas la langue avant d'être recueilli par un couple d'hôteliers italiens. Mais le gamin est débrouillard et il finit par retrouver la trace de sa famille. Ses deux frères sont installés à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), comme la grande majorité de la communauté italienne de l'époque en région parisienne. Une période difficile où le jeune garçon enchaîne les petits boulots et dort parfois dans la rue. La vie est dure mais pas autant qu’en Italie. En 1913, Lazare Ponticelli monte sa petite entreprise de ramonage avec un ami italien. Il a alors 16 ans. Titulaire d'un permis de travail, il livre aussi du charbon, vend des journaux à la criée.

 

Quand en août 1914, les nations européennes jettent sur les champs de bataille des millions de jeunes hommes, Lazare l'Italien s'engage au 1er  régiment de la Légion étrangère en mentant sur son âge. «J'ai voulu défendre la France, parce qu'elle m'avait donné à manger. C'était une manière de dire merci», expliquait-il encore il y a quelques mois. Envoyé sur le front de l'Aisne, il retrouve son frère Céleste. Le garçon fait preuve d'un courage exemplaire. En Argonne, il entend un blessé crier : «Venez me chercher, j'ai une jambe coupée». Les brancardiers refusent de s'y rendre, de peur d'être tués. Alors, le soir tombé, Lazare sort de sa tranchée et va le chercher. «Quand les brancardiers ont commencé à l'emmener, il a crié : «Arrêtez, arrêtez !» Il a fait un effort pour se relever, puis il m'a attrapé par le cou. Et il m'a embrassé en me disant : «Merci pour mes quatre enfants» J'ai cherché à savoir ce qu'il était devenu. Je ne l'ai jamais su», racontait-il en 2005. Les morts se succèdent à un rythme effrayant : 900 soldats français meurent en moyenne chaque jour durant les quatre années de conflit. Affecté près de Verdun en mai 1915, Lazare le «rital» est soudain démobilisé. L'Italie vient à son tour d'entrer en guerre et en vertu d'un accord entre les deux pays, la France doit renvoyer tous ses combattants italiens vers leur patrie d'origine. Le jeune homme entame alors sa deuxième guerre, au sein de l'armée transalpine. Lazare est affecté parmi les chasseurs alpins, les «Alpini», face aux Autrichiens. «Beaucoup de mes camarades du Tyrol italien parlaient allemand. Alors nous nous sommes mis d'accord pour cesser les combats». Au moment où Français et Allemands fraternisent dans les tranchées de Verdun, lui organise des patrouilles communes entre ennemis d'hier dans les Alpes. Le commandement italien sanctionnera sa compagnie en l'envoyant combattre une unité d'élite en Slovénie. Lazare y sera gravement blessé avant d'être démobilisé en 1920 et de rentrer en France.

 

Avec ses deux frères, il monte une entreprise de montage et d'entretien de cheminées d'usine qu'ils spécialiseront ensuite dans le raffinage du pétrole et la tuyauterie. Elle emploie aujourd'hui encore 4 000 salariés. Il fut naturalisé en 1939, il était le représentant des 8,4 millions de «poilus» français , mais aussi de 5,25 millions de soldats italiens. Il était le «der des ders» en France .

  l De son vivant, Lazare avait toujours refusé de participer aux cérémonies officielles. Chaque 11 Novembre, il se rendait simplement à pied au monument aux morts du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), en souvenir des camarades qui avaient laissé leur peau dans les tranchées. En 2005, le Haut Conseil de la mémoire combattante, présidé par le chef de l'Etat, alors Jacques Chirac, décidait d'organiser des "obsèques de portée nationale" pour le dernier combattant de la Grande Guerre. Il avait notamment été évoqué de faire reposer le corps au Panthéon. Lazare Ponticelli s'était montré hostile à l'idée de ce privilège posthume. "Les autres, on n'a rien fait pour eux. Ils se sont battus comme moi. Ils avaient droit à un geste de leur vivant... Même un petit geste aurait suffi", bougonnait-il encore, au Monde, en novembre 2007.

Après la mort de Louis de Cazenave, Lazare Ponticelli, resté seul, avait infléchi sa position mais posé des conditions. Il avait accepté l'idée d'une cérémonie officielle aux Invalides. "Uniquement sous forme d'une messe", se souvient Jean-Luc Laurent, le maire du Kremlin-Bicêtre, qui avait noué des liens amicaux avec son plus vieil administré. Sa fille avait porté ce consentement paternel au secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants, Alain Marleix, le 13 février. Il avait été décidé en commun du programme. Le matin, un office religieux, en présence de légionnaires et de soldats italiens auprès desquels Lazare Ponticelli avait successivement combattu.

 

Lazare Ponticelli est mort mercredi 12 mars 2008 à 110 ans au domicile de sa fille au Kremlin-Bicêtre, près de Paris. Le président Sarkozy, le gouvernement, les principales personnalités de l'Etat ont assisté à une messe solennelle dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides le 17 mars. À 12 h 45, le cercueil, porté par onze légionnaires du 3e régiment étranger d'infanterie (l'héritier du régiment de Légion dans lequel s'était engagé Lazare Ponticelli à 16 ans) et encadré de quatre pionniers barbus, quittait la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides. Il venait de recevoir les honneurs militaires L'académicien Max Gallo lui aussi d'origine italienne, a trouvé les mots justes pour clore une vie à la fois simple et immense : Lazare Ponticelli « nous rend fiers par toute sa vie d'être son frère humain. Parce que son destin se dresse contre l'égoïsme, la facilité, la soumission, le désespoir, c'est un appel à la volonté, à la solidarité, à la modeste grandeur de l'homme, à l'héroïsme quotidien ». Les honneurs militaires ont été rendus à la dépouille dans la cour principale des Invalides en présence du ministre italien de la Défense et d'un détachement du 3e régiment d'Alpini au chapeau de feutre surmonté d'une plume d'aigle." Il ne s'agit pas d'obsèques nationales mais d'un hommage à l'ensemble des combattants, assure cependant Alain Marleix. Nous avons respecté à la lettre les volontés exprimées  Nicolas Sarkozy, et son prédécesseur, Jacques Chirac, le Premier ministre, François Fillon, et la plupart des membres de son gouvernement, ainsi que 200 membres de la famille du défunt. Il a été inhumé dans l'intimité familiale, au cimetière d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Dans l'après-midi, Nicolas Sarkozy a exalté le souvenir des anciens combattants de la Grande Guerre en affirmant qu'il « est de notre devoir que, par-delà l'Histoire, la mémoire demeure malgré tout vivante ». « Jeunesse de France, souvenez-vous toujours de ce que vous devez aux femmes et aux hommes qui furent si grands dans l'épreuve et dans le malheur ! », « Le souvenir est fragile quand la mort est passée » a-t-il lancé. Lazare Ponticelli n'en finissait pas de témoigner de son passage sur les champs de bataille d'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire. «Au nom de mes camarades morts dans cette horreur de la guerre et auxquels j'ai promis de ne jamais les oublier», expliquait-il encore à l'occasion de la célébration de ses 110 ans en décembre à la Cité de l'immigration.

 

Sources :

http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-33975990@7-37,0.html

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/03/15/l-elysee-etoffe-le-ceremonial-d-obseques-du-dernier-des-poilus_1023310_3224.html

http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/03/13/01001-20080313ARTFIG00123-la-france-dit-adieu-au-dernier-poilu.php

http://www.lesechos.fr/info/france/4702247.htm

http://www.ouest-france.fr/L-hommage-solennel-au-dernier-poilu-/re/actuDet/actu_3636-594189------_actu.html

http://www.lexpress.fr/actualites/2/mort-a-111-ans-du-dernier-soldat-britannique-de-la-grande-guerre_776816.html

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/07/25/01011-20090725FILWWW00580-falco-rend-hommage-a-harry-patch.php

http://journalstars.com/biographies/mort-de-harry-patch-le-dernier-soldat-anglais-de-la-grande-guerre-944.html

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/gb-mort-du-dernier-veteran-ayant-combattu-en-14-18-25-07-2009-590453.php

http://www.lematin.ch/flash-info/combattants-guerre-1914-1918-vie

http://www.lexpress.fr/actualites/2/deces-a-113-ans-du-doyen-de-l-humanite-henry-allingham_775397.html

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Saint_Omer/actualite/Secteur_Saint_Omer/2009/07/20/article_henry-allingham-doyen-de-l-humanite-et-a.shtml

http://www.lefigaro.fr/international/2009/07/18/01003-20090718ARTFIG00457-le-plus-vieil-homme-du-monde-disparait-.php

http://www.ladepeche.fr/article/2008/03/12/441789-Les-huit-derniers-survivants-de-la-guerre-de-1914-1918.html

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jq1uAng95AhpKSsG0XoLKmwJhHcg

http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5js1f8VQY_tt1MvwlFnKg3-De5aWA

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hUKrnfZIC8EykzjEQ-JQfczl2Mpg

http://dersdesders.free.fr/3vetgb.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Buckles

http://fr.wikipedia.org/wiki/Derniers_v%C3%A9t%C3%A9rans_de_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Choules

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Buckles


Par Giacobi - Publié dans : Mémoire et histoire - Communauté : géopolitique
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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 07:30

La destruction des Bouddhas géants de Bâmiyân en Afghanistan par les talibans afghans le 1er mars 2001 a été considérée internationalement comme un acte de vandalisme.  Le mot vandalisme a été inventé par l’Abbé Grégoire, (voir note) député du clergé lorrain aux états généraux puis évêque constitutionnel de Blois, dans un rapport présenté à la Convention nationale le 14 fructidor an III (31 août 1794). Le vandalisme révolutionnaire français fut marqué par la destruction de tout ce qui portait l'empreinte du royalisme et de la féodalité : incendie des bibliothèques et des terriers compilant les droits féodaux ; saccage des tombes royales de Saint-Denis; pillage de châteaux et d’églises où on brûle statues et tableaux.

 

La vidéo sur Ina.fr :

http://www.ina.fr/video/I00010026/les-bouddhas-de-bamyan.fr.html

 

§ On pourrait multiplier les exemples à l’infini :

 Polyeucte (Polyeuktos), martyr chrétien sous l'empereur Dèce, en 249 de notre ère, à Melitène en Turquie (aujourd'hui: Malataya). D'origine arménienne, cet officier romain, gendre du gouverneur romain Felix à la suite de son mariage avec Pauline, la fille du gouverneur, fraîchement converti au christianisme, avait été convié à assister à un sacrifice offert aux dieux de l'Olympe; il en profita pour renverser les idoles et proclamer sa foi. L'acte fit scandale; Polyeucte fut condamné à mort et exécuté. Il est fêté le 9 janvier. En 1643 Pierre CORNEILLE lui consacra une tragédie en 5 actes et en vers. Voltaire, dans son Traité sur la Tolérance,1763, chap. IX: Des martyrs écrit : "Considérons le martyre de saint Polyeucte. Le condamna-t-on pour sa religion seule? Il va dans le temple, où l'on rend aux dieux des actions de grâces pour la victoire de l'empereur Dèce; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues: quel est le pays au monde où l'on pardonnerait un pareil attentat? ..."

 

§ Lorsqu'en 496 Clovis roi des Francs, premier roi de notre histoire, se fit baptiser chrétien à Reims, "avec trois mille de ses guerriers", l'évêque Saint Rémi lui dit ces paroles fameuses, rapportées par Grégoire de Tours et reprises par Michelet: "Courbe-toi, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé". "Adore ce que tu as brûlé" se rapporte aux églises et abbayes chrétiennes que les Francs pillaient régulièrement. "Brûle ce que tu as adoré" se rapporte, en revanche, audieu ngaulois Cernunos, le "dieu de la richesse et de l'abondance", représenté généralement - nous disent les archéologues - "assis les jambes croisées ".  Cernunos, nous rapporte Jules César dans ses "Commentaires sur la Gaule" (Ier s. av. J-C.), "était le dieu le plus vénéré des Gaulois" (VI, 17). Dans les fondations de Notre-Dame de Paris, on a retrouvé une large pierre sur laquelle était gravé le nom "Cernunos". Elle est conservée au musée de Cluny. Comme la plupart des églises de France, Notre-Dame de Paris fut construite sur l'emplacement d'un temple gaulois."

§ On pourrait aussi évoquer les destructions des monuments précolombiens à l’époque des Conquistadores ou  des statues africaines du temps de la colonisation . 

§ Au 16ème S. les Guerres de religion virent lors des affrontements entre huguenots et papistes le saccage de nombreuses églises et abbaye : abbayes bénédictines de Caen; à Bayeux, mise à sac des édifices religieux….Plus tard en 1710 Louis XIV décida de raser l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, cœur du Jansénisme.

 

     AINSI la destruction des œuvres religieuses s'est pratiquée en tous temps et sous toutes les latitudes, il s’agit  de faire en sorte que d'autres destructions du patrimoine mondial ne s'ajoutent pas à celles déjà irrémédiablement réalisées.

 

I – LE SITE DE  BÂMIYÂN EN AFGHANISTAN

 

La vallée des Bouddhas géants : La vallée de Bâmiyân s’étend au cœur des montagnes de l’Hindou Kouch, à 2500 m d’altitude et à près de 250 kilomètres au nord-ouest de Kaboul, dans l'actuel Afghanistan.   Durant lesCarte Afghanistan Bamiyan flechee premiers siècles de notre ère, d’interminables caravanes de chameaux chargés de produits de luxe cheminaient le long de la Route de la Soie, en traversant cette vallée. Plus tard, des moines bouddhistes se joignirent à ces caravanes, faisant éclore a partir du 2ème S. un grand centre religieux à Bâmiyân. Au contact entre la Chine, l’Inde et le monde gréco-romain par la Route de la soie, Bâmiyân se développa comme un centre religieux et philosophique comportant plusieurs monastères bouddhistes et un lieu de rencontre entre l'orient et l'occident où s'élaborèrent de nouvelles formes d’art gréco-bouddhique dont on percevait l’influence dans les statues détruites. La vallée accueillait moines et ermites qui résidaient dans de petites cavernes creusées dans la paroi des falaises. On y trouvait de nombreuses statues de bouddhas debout ou assis creusés dans des niches de la falaise et les cavernes comportaient des peintures à fresque raffinées et très colorées produites par les moines.

En l’an 400, le pèlerin Fa Hsien, arrivant de Chine, décrivit une somptueuse assemblée de moines, venus à Bâmiyân en si grand nombre qu’ils étaient « tels des nuées ». Le pèlerin bouddhiste chinois Xuanzang qui traversa la vallée en 632, l'année même de la mort de Mahomet, décrit la vallée de Bâmiyân comme un centre bouddhiste en plein épanouissement « comptant plus de dix monastères et plus de mille moines » et indique que les deux Bouddhas géants « sont décorés d'or et de bijoux fins ».

Les plus grandes merveilles de Bâmiyân étaient deux Bouddhas monumentaux. Les statues du Bouddha datant probablement des 4ème ou 5ème siècles, taillés à même le grès d’une falaise surplombant la ville par le nord, ont dominé pendant 15 siècles la vallée. Les détails avaient été modelés dans un mélange de boue et de paille puis enduits de stuc( = enduit de revêtement mural imitant le marbre composé de plâtre fin, d’eau, de colle et de poussières de marbre ou de craie). Cet enduit avait pratiquement disparu depuis longtemps, il était peint pour améliorer le rendu des expressions des visages, des mains et du drapé des robes. Les parties inférieures des bras des statues étaient faites du même mélange étaient soutenues par des armatures en bois.  On pense que les parties supérieures des visages étaient constituées de grands masques en bois ou en métal. Les alignements de trous que l'on peut remarquer sur les photographies accueillaient des chevilles en bois servant à stabiliser la couverture de stuc.

La plus petite des deux statues, intitulée "Shamana" (reine mère) et haute de 35 mètres, a été taillée dans la roche friable d'une falaise de plus d'un kilomètre de long. Colorée de bleu et avec sa tête dorée, elle devait probablement représenter le Bouddha Sakyamuni.   C'est une cinquantaine d'années plus tard que fut édifiée la plus grande des deux statues, le Bouddha "Salsal" ("la lumière éclaire l'Univers"). Avec ses 55 mètres de haut, elle était la plus grande statue du Bouddha au monde.Entre ces statues, et tout autour, un labyrinthe de cellules de moines et de sanctuaires avait été soigneusement creusé dans la pierre. Les plafonds et murs étaient lissés au torchis et recouverts de peintures figurant des scènes édifiantes pour la plupart réalisées au 7ème s.

  Le site était connu en Occident depuis le 19ème S. comme le montre cette gravure ancienne :st bamiyan illus ancne

Parmi les sites archéologiques majeurs de l'Afghanistan : celui de l'ancienne Bactrian, au nord-est du pays (2ème et 3ème siècles av. J.C.) et le site de Hadda, à l'est, dans la région de Jalalabad, très riche en statues gréco-bouddhiques modelées en stuc et en argile, trouvées dans les monastères. Le musée de Kaboul renferme environ 6 000 pièces d'art bouddhique

§  La rencontre du bouddhisme et de l’islam ne provoqua pas immédiatement le déclin des monastères de Bâmiyân. Bien que les chefs locaux eussent embrassé la religion musulmane au 8ème siècle, le bouddhisme et l’islam coexistèrent encore pendant une bonne centaine d’années. Au 9ème siècle le bouddhisme avait disparu de la vallée, au profit de l’islam après que Mahmûd de Ghaznî ait fait la conquête de l'Afghanistan, cependant les bouddhas et les fresques des niches et des cavernes échappèrent à la destruction. Cependant, par la suite, les statues furent les victimes des iconoclastes musulmans et les visages finirent par disparaître. Le visage du grand Bouddha a sans doute été détruit par l'Islam au 8ème s, il y a 12 siècles, et ses jambes au 18ème siècle par les canons du Persan Nadir Shah. La ville de Bâmiyân fut détruite par les Mongols de Gengis Khan en 1222.

Le site apparaissait ainsi en 1963

 Bamiyan1963

Bouddhas de Bamiyan aBouddhas de Bamiyan dBouddhas de Bamiyan cBouddhas de Bamiyan b

 

 

 

 

Depuis la fin du 7ème s. les musulmans détruisent les idoles [à commencer par celles qui se trouvaient à l'intérieur de la mosquée Makkah Al Moukarramah (La Mecque), prise d'assaut par Mahomet en 630 ap. J.-Chr.]... L'islam traditionnel interdit aussi la reproduction du visage humain, l'homme ne devant pas rivaliser avec l'œuvre  du Créateur. Dans le quotidien ”Le Monde”, Gérard Fussman, professeur au Collège de France rappelle que ”les œuvres d'art qui subsistaient en Afghanistan ont dû leur survie soit au fait qu'elles étaient enterrées, soit à la protection armée donnée par le gouvernement afghan quand celui-ci se voulait éclairé (de 1922 à 1990). Dès que le gouvernement afghan était affaibli, et plus encore maintenant qu'il est fondamentaliste [si l'on peut encore parler de gouvernement], les œuvres d'art accessibles étaient détruites.”

 

 

II –DESTRUCTION DES BOUDDHAS DE BÂMIYÂN  PAR LES TALIBANS:MARS 2001

 

§ Le 26 février 2001, le mollah Mohhamad Omar (émir et et  chef suprême des taliban) a ordonné, par décret des responsables de l'Emirat islamique d'Afghanistan – nom officiel du régime afghan d’alors -, la destruction de toute la statuaire en Afghanistan, notamment les statues bouddhiques, pour "prévenir" un retour de "l'idolâtrie" préislamique. Le mollah Omar a ajouté que le problème de la destruction des statues bouddhistes "avait été discuté dans tous ses aspects à un niveau national par les ulémas [théologiens musulmans], les juges et les ministres" de l’actuel régime afghan.

"Sur la base de consultations juridiques menées par l'émir de l'Emirat islamique d'Afghanistan et d'un arrêt de la Cour suprême afghane, toutes les statues situées dans les différentes régions du pays doivent être détruites.

"Ces statues ont été utilisées auparavant comme des idoles et des divinités par les incroyants qui leur rendaient un culte.

"Aujourd'hui, ces statues sont respectées et peuvent redevenir des idoles dans l'avenir alors que seul Dieu, le tout puissant, doit être vénéré et toutes les fausses divinités doivent être annihilées.

"En conséquence, l'Emirat islamique d'Afghanistan a chargé le ministère pour la promotion de la vertu et de la lutte contre le vice et le ministère de l'information et de la culture d'appliquer la décision des religieux et de la Cour suprême, et de détruire toutes les statues, de façon à ce qu'à l'avenir personne ne leur rende de culte ni ne les respecte."

 

§ Ce décret du mollah Omar contredisait un de ses précédents décrets de juillet 1999, dans lequel il donnait l'ordre de préserver l'héritage historique afghan, en particulier les deux bouddhas de Bamiyan, et affirmait: "Tout l'héritage culturel historique de l'Afghanistan fait partie intégrante de l'héritage afghan et appartient donc à l'Afghanistan, mais aussi naturellement à la communauté internationale. Toute fouille, tout commerce d'objets est strictement interdit et sera puni par la loi." Dans un paragraphe spécifique aux bouddhas de Bamiyan, le texte précisait: "Les fameuses statues bouddhistes de Bamiyan ont été sculptées avant l'avènement de l'islam en Afghanistan. Il n'y a plus de bouddhistes en Afghanistan pour les révérer. Depuis l'avènement de l'islam jusqu'à maintenant, ces statues n'ont pas été abîmées. Le gouvernement les considère avec le plus grand respect, et elles doivent bénéficier aujourd'hui de la même protection qu'avant. Le gouvernement estime d'autre part que ces statues sont un exemple d'une source de revenus majeurs venant de visiteurs internationaux. [...] Le gouvernement taliban déclare que Bamiyan ne doit pas être détruit mais protégé."

Le revirement du "gouvernement taliban", selon Françoise Chipaux dans "Le Monde" [13 et 17 mars 2001] "semble s'inscrire dans la lutte qui oppose au sein des talibans les durs aux plus "modérés" ou plutôt plus ouverts, qui ont compris que les talibans devaient quelque peu composer avec la communauté internationale". Le décret ordonnant la destruction de l'art préislamique du pays a été pris à la suite une décision des ulémas et sous la pression des durs auxquels le mollah Omar a cédé, "sans doute, ajoute la journaliste du "Monde", pour éviter un plus grand clivage entre deux groupes aux visions de plus en plus divergentes sur la façon de conduire l'Afghanistan".

 Les Talibans, les "étudiants en théologie", affirmaient avoir fait de leur pays – dévasté par plus de 20 ans de guerre - le "plus pur" Etat islamique du monde. Les talibans pratiquent un islam rigoureux, inspiré du wahhabisme saoudien, pays dans lequel beaucoup de statues ont été aussi détruites.

 

§ Le Pakistan, principal allié des extrémistes afghans, a critiqué cette décision et demandé aux talibans "de prendre des mesures pour protéger totalement les monuments historiques, les sites et les chefs-d'œuvre de l'Afghanistan qui font partie du patrimoine mondial". L'Afghanistan, qui a été un grand centre bouddhiste avant la conquête musulmane, abrite de nombreuses statues de l'art bouddhique pré-islamique, édifiées par les bouddhistes de Chine et d'Inde qui traversaient le pays.

§ Le 27 février 2001 à New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, lance un "appel urgent" aux talibans "pour qu'ils fassent tout ce qui est en pouvoir pour assurer la préservation des vestiges uniques et irremplaçables du riche héritage de l'Afghanistan – musulmans comme prémusulmans". Il rappelle que L'assemblée générale de l'Onu a, à plusieurs reprises, appelé "toutes les parties afghanes à protéger les vestiges et monuments culturels et historiques qui font partie de l'héritage commun de l'humanité".

§ Le 28 février à  Kaboul, les talibans affirment que leur décision est irréversible. Le 1er mars selon un officiel taliban, cité par l'agence Afghan Islamic Press (AIP), les bouddhas géants de Bamiyan ont été "attaqué" par des tirs de barrage aux chars, roquettes et armes automatiques. Les talibans, qui auraient agi "de leur propre initiative", "ont commencé à tirer avec des blindés, des lance-roquettes anti-chars et avec toutes les armes qu'ils avaient sous la main". Cet officiel annonce que les bouddhas vont être dynamités - car "il n'y avait pas d'autre moyen"-, probablement le vendredi 2 mars, jour de la prière des musulmans. Il précise que les talibans ont massé des explosifs dans les niches dans lesquelles sont creusés les bouddhas.

§  A Paris, le 1er mars, au siège de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, affirme que "les mots lui manquaient pour décrire de manière juste (ses) sentiments de consternation et d'impuissance" face aux "irréparables dommages en train d'être commis contre l'héritage culturel exceptionnel de l'Afghanistan". Il estime qu’"En Afghanistan, on détruit des statues que le monde entier considère comme des chefs-d'œuvre. Et cela au nom d'une interprétation de la religion qui n'a cours nulle part ailleurs. Cet acharnement iconoclaste me choque, comme il choque tous ceux qui ont de l'homme, mais aussi de la religion, une vision empreinte de dignité, de respect et de tolérance. En perpétrant ces actes de vandalisme, les taliban ne font progresser ni l'Afghanistan ni l'Islam".

Bouddhas de Bamiyan destructionBouddhas de Bamiyan détruits b

§  Le 2 mars au Caire (Egypte), un grand religieux musulman égyptien, le mufti Sheikh Nasr Farid Wassel, demande aux taliban "d'agir avec retenue" et de "peser les opinions des experts sans fanatisme ou précipitation". Le groupe des pays arabes auprès de l'Unesco, comprenant les 22 Etats membres de la Ligue arabe - dont l'Arabie Saoudite et la Ligue arabe -, condamne "ces actes sauvages", qualifie l'attitude de Kaboul de "barbare" et exige "une mobilisation internationale autour d'actions concrètes, afin de mettre un terme à cette entreprise sans précédent, qui affecte des trésors inestimables du patrimoine universel".

§ Le 9 mars les Etats de la région d’Asie-Pacifique adoptent une déclaration de soutien aux actions entreprises par l’Unesco, notamment la création d’un Fonds spécial pour la préservation du patrimoine afghan et lui demandent d’“ examiner avec attention les propositions constructives et les efforts déployés par plusieurs pays de la région pour assurer la sécurité et la préservation des éléments du patrimoine culturel d’Afghanistan, y compris par leur re-localisation temporaire ”.

 § Le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), Koïchiro Matsuura, a confirmé, le 12 mars 2001, que la majeure partie des deux bouddhas géants de Bamiyan, dans le centre de l’Afghanistan, avaient été détruits, probablement les 8 et 9 mars, à l’explosif. Les talibans [”étudiants en théologie”] n’ont tenu compte ni des protestations de la communauté internationale, ni des interventions des plus hautes autorités de l’islam. Koïchiro Matsuura a qualifié ces démolitions de “crime contre la culture” et de ”destruction, froidement calculée, de biens culturels qui constituaient la patrimoine du peuple afghan, et, au-delà, celui de l’humanité toute entière”. Aux Etats-Unis, le 12 mars, la chaîne américaine CNN diffuse en photo en couleur, ”prise par un Afghan sur place”, de la destruction du plus grands des deux bouddhas. La photo montre une épaisse fumée sur la falaise, mais pas de détails de la statue ou des statues détruites. A Doha (Emirat arabe du Qatar), la chaîne de télévision al-Jazira diffuse le 19 mars des images de la destruction par les taliban d'un des deux bouddhas de Bamiyan - les images auraient été tournées après la fête musulmane d'al-Adha, qui s'est achevée le 9 mars.Les images montrent le dynamitage de la plus petite statue de 38 mètres de haut, sculptée dans une falaise dans la ville de Bamiyan. L’Agence France-Presse rapporte que ”le film commence avec un plan de quelque secondes montrant la statue avant sa destruction, suivi d'une énorme explosion. Une épaisse fumée noire se dégage du site dynamité et des cris d'Allah Akbar (Dieu est le plus grand) sont entendus hors champ. »

Bouddhas de Bamiyan détruits Bouddhas de Bamiyan détruits c

§ A Kaboul, le 22 mars des responsables talibans ouvrent les portes du Musée de Kaboul, dont les statues préislamiques ont disparu, aux journalistes étrangers. ”Retourné au silence des ruines qui l’entourent, le musée de Kaboul ne retrouvera plus jamais sa splendeur. Une partie de l’histoire de l’humanité a disparu”, écrit Françoise Chipaux dans ””Le Monde” [24.03.2001].Le musée abritait, selon Nancy Dupré, coauteur d’un livre sur le musée en 1974, ”l’une des plus belles collection d’art préhistorique, classique, bouddhique, hindou et islamique de cinquante millénaires d’histoire de l’humanité”.

§ Le 26 mars une vingtaine de journalistes étrangers, amenés à Bamiyan à bord d’un vieil avion à hélice de la compagnie gouvernementale Ariana Airlines, témoignent de la destruction des bouddhas géants. Des deux bouddhas sculptés dans la falaise de Bamiyan, "presque complètement détruits par les talibans", il ne reste, selon les journalistes, qu’un ”tas de roches et de débris”. Selon le témoignage du correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) à Kaboul, ”il ne reste rien de la plus grande statue qui mesurait 55 mètres de haut, tandis que ne subsistent qu'une partie de l'épaule droite et de la robe de la plus petite statue qui mesurait 38 mètres de haut. Les responsables talibans ont affirmé qu'à coup de dynamite, de roquettes et de canons de blindés, une vingtaine de jours avaient été nécessaires pour réduire à l'état de gravats ces statues sculptées dans la falaise entre le 2ème et le 5ème  siècle".

    §  Abdul Salam Zaïf, qui était l'ambassadeur du régime taliban au Pakistan, raconte que le Japon est le pays qui a le plus fait pression pour tenter d'empêcher la démolition des statues géantes, vieilles de 1500 ans, qui ont finalement été détruites en 2001. Une délégation officielle japonaise accompagnée d'un groupe de bouddhistes sri-lankais a proposé de déplacer les statues en les démontant et en les reconstruisant pièce par pièce à l'étranger, écrit Abdul Salam Zaïf dans son autobiographie parue  aux Etats-Unis en 2010 sous le titre "My life with the taliban" ("Ma vie avec les talibans").

"Ils ont aussi proposé de recouvrir les statues de la tête aux pieds pour que personne ne se rende compte qu'elles étaient là tout en les préservant", raconte l'auteur.

Les Japonais ont expliqué aux Afghans que leurs ancêtres étaient les pères fondateurs de la religion bouddhiste et qu'ils devaient conserver leur patrimoine, relate-t-il. "Puisqu'ils nous voyaient comme leurs pères fondateurs et qu'ils nous avaient déjà imités par le passé, je leur ai demandé pourquoi ils ne nous avaient pas suivis à nouveau lorsque nous avions trouvé la religion vraie", l'islam, raconte l'auteur qui invita donc les Japonais à se convertir à l’Islam..

http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-quand-le-japon-tentait-de-sauver-les-bouddhas-d-afghanistan-des-talibans-7522.asp?1=1

 

       Bien que les statues soient presque totalement détruites, leurs contours et quelques parties sont encore reconnaissables dans les cavités.

 

III – APRES LA DESTRUCTION DES BOUDDHAS DE BÂMIYÂN  :

 

§ Le directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a dénoncé l’abomination que représente cette destruction froide et calculée de biens culturels qui faisaient partie intégrante du patrimoine, non seulement des Afghans mais du monde entier. « Les Bouddhas de Bâmiyân ne figuraient pas sur la Liste du patrimoine mondial mais auraient mérité d’y être inscrits et leur destruction constitue un véritable délit culturel. Cette perte est irréparable », avait-t-il commenté.  A Paris, le 27 mars 2001, Koïchiro Matsuura, annonce que :  l’Unesco est décidée à poursuivre sa mobilisation en faveur du patrimoine afghan malgré la destruction des bouddhas de Bamiyan par les talibans. La sauvegarde du reste du patrimoine afghan, tant islamique que pré-islamique, le maintien du dialogue et l’approfondissement des arguments d’ordre religieux favorables à la protection du patrimoine, un travail normatif sur le concept de crime culturel sont, souligne-t-il, les grands axes de l’action à venir.

 

§ L’hypothèse d’une reconstruction des deux Bouddhas géants détruits était très controversée. Mais tout le monde s’accorde à dire que les falaises de Bâmiyân et ses 600 grottes, avec les restes des peintures murales qui les ornent, bouddha reconstitutiondoivent être préservées et restaurées. Finalement les experts internationaux et les nouvelles autorités afghanes, réunis à Kaboul le 29 mai 2002 par l'Unesco ont décidé de ne pas reconstruire les deux grandes statues monumentales. Pourtant le 17 mai, le Vénérable Hsintao, fondateur du «Musée des Religions du monde » de Taipei (Taïwan), proposait un don de 143.000 euros pour financer de tels travaux. L'Unesco a préféré proposer aux autorités afghanes un projet plus global de conservation du patrimoine, incluant de nombreux monuments islamiques anciens. En effet au cours des 25 ans de guerre qui ont décimé le pays, le site de Bâmiyân  a été largement pillé, les fresques qui ornaient les niches et les grottes adjacentes volontairement défigurées ou volées pour être vendues à des collectionneurs étrangers, et, sous le coup de grâce porté par les Taliban, ce sont les falaises même qui menacent de s'effondrer en partie. « La reconstruction n'a pas été estimée prioritaire, a déclaré une responsable de l'organisation internationale à l'AFP. En revanche, un projet de consolidation des falaises, fragilisées après le dynamitage des statues, et des fouilles sur le site d'un troisième Bouddha vont bientôt débuter. »

 

§ Celle-ci représenterait un Bouddha couché, en parinirvâna, et mesurerait pas moins de 300 mètres de long ! Le philosophe Bernard-Henri Lévy s'en était fait l'écho, lors de son séjour à Kaboul en mars... Les archéologues sont persuadés que Ya-koub ben Laïth, le premier conquérant musulman - et grand destructeur - de Bâmiyân, n'a pas détruit cette statue, même si elle a dû être défigurée (au sens propre du terme !) comme les deux autres statues géantes.  Selon Zémaryalaï Tarzi, ancien Directeur général de l'archéologie et des monuments historiques d'Afghanistan - qui enseigne aujourd'hui à la Faculté de Strasbourg - ce troisième Bouddha serait  resté protégé, et enfoui depuis mille ans...Cependant, contrairement aux deux grands Bouddhas debout - taillés à même la falaise et simplement habillés de stuc - le troisième a sans doute été entièrement réalisé dans un mélange de briques et de pisé... S'il demeure encore aujourd'hui, il ne doit plus en rester qu'une forme oblongue assez dénaturée ! « Nous pouvons raisonnablement espérer retrouver une bonne partie du corps, confiait récemment Zémaryalaï Tarzi au journal suisse « Le Temps ». En revanche, les extrémités risquent fort d'avoir disparu. La valeur historique de la statue n'en est pas moins grande. S'il se confirme que le site n'abritait pas seulement l'un des plus hauts Bouddhas du monde mais aussi le plus long, Bâmiyân conforterait sa place de très haut lieu de l'histoire orientale. » L'existence du troisième Bouddha est attestée par le chinois Xuanzang, qui se rendit en pèlerinage en Inde au 7ème siècle. Son Mémoire de voyage donne de nombreuses indications sur le site de Bâmiyân, dont on a déjà pu vérifier la précision grâce aux détails qu'il donnait aussi des deux statues que l'on connaît.. C'est la seule source d'information dont on dispose pour retrouver le troisième Bouddha... D'après monsieur Tarzi, c'est une erreur de traduction qui n'a pas permis, jusqu'à aujourd'hui, de découvrir les vestiges de cette troisième statue : on se serait trompé sur les distances. Selon les traducteurs, le site se trouverait en effet à 12 ou 13 «lis»... ou bien à 2 ou 3 «lis» à l'ouest, c'est-à-dire à 7 km ou à 1,5 km !

 

§ L’UNESCO a décidé de classer le site au Patrimoine mondial de l’UNESCO et a divers projets  dont le coût estimé à 700000 dollars, seront financés par le Japon, par l’intermédiaire de son Fonds en dépôt à l’UNESCO : Il s’agit de conserver in situ les débris des statues, d’effectuer des sondages archéologiques pour mettre au jour de nouveaux sanctuaires, de créer un petit musée et d’étayer les falaises. En effet elles ont beaucoup souffert des bombardements des Talibans ; pendant l'opération de destruction, Oudratullah Jamal, le ministre de l'information Taliban déplorait : « ce travail de destruction n'est pas aussi facile que les gens pourraient le penser. Vous ne pouvez pas abattre les statues par quelques coups de canons car toutes deux sont découpés dans une falaise et sont fermement attachées à la montagne. » 

Beaucoup de projets ont vu le jour pour faire revivre les bouddhas de Bâmiyân, notamment celui qu’un artiste japonais, Hiro Yamagata, a présenté à Tokyo, pour faire revivre, grâce à un show laser, les anciens bouddhas de Bâmiyân. L’artiste, qui a une réputation internationale, poursuit la collecte des fonds pour ce projet qu’il espère lancer à l’été 2007. Le gouvernement afghan espère que ce projet « respectueux de l’environnement » pourra attirer de nouveau les touristes dans la vallée de Bâmiyân.

 

CONCLUSION :

 

§ Le journal allemand Der SPIEGEL, n° 14 / 2001 signalait une autre statue d'un Bouddha géant, au musée national de la capitale du Tadjikistan (Douchambé), découvert près de la frontière avec l'Afghanistan; il mesure 14 m et appartenait à l'institution monastique d'Adschina-tepe qui était un centre de culture bouddhique au 6ème  siècle après JC. Des archéologues soviétiques l'avaient découverte en 1966 et scié en morceaux placés dans des caisses en bois et cachés dans une cave d'un musée du travail soviétique afin de masquer aux habitants du Tadjikistan leur passé pré-soviétique. Leur histoire ne pouvait commencer qu'avec la révolution d'octobre de 1917. Depuis le destruction des bouddhas géants à Bâmiyân, le bouddha du Tadjikistan a été réassemblé.

 

§  En Chine (L'Express du 28 septembre 2001)  comme s'ils ne supportaient pas la perte des deux bouddhas de Bâmiyân dynamités en mars 2001par les taliban, des paysans chinois taillent, à Leshan (province du Sichuan), leurs répliques à 3 500 kilomètres du site originel. Si la plus petite statue - 37 mètres - est reconstruite à l'identique, celuiBouddha Leshan 2002 qui fut le plus grand bouddha debout du monde sera, lui, deux fois moins haut que l'original. Autre singularité: la copie s'enrichit d'un nez et d'une paire d'yeux, attributs qui 060205 caricature BouddhasBamiyan CalmeMahometmanquaient au chef-d'œuvre initial taillé dans la roche à l'époque préislamique. Depuis 2002, Leshan totalise donc trois bouddhas car ces deux reproductions financées par un entrepreneur privé, s'ajoutent à l'authentique et colossal bouddha (assis) de la ville chinoise érigé au cours du 8ème  siècle   Photo: Guang Niu/Reuters

 

§ A Islamabad, au Pakistan où il effectuait une visite officielle de deux jours, le 6 avril 2001,  Koïchiro Matsuura, évoquant la ”récente destruction” des deux bouddhas géants: "La tragédie de la destruction des monuments Bamiyan souligne l'urgence d’une ”éthique culturelle”. Et je suis convaincu que c'est seulement par le biais de l'éducation qu'une telle éthique peut être bâtie dans l'esprit des hommes et des femmes. Car la tragédie de Bamiyan est la tragédie d'un fanatisme religieux qui s'est épanoui sur le lit de l'ignorance"

Faut-il  y voir une expression de ce que Samuel Huntingtion appelait "le choc des civilisations" ?

  http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-y-a-t-il-un-choc-des-civilisations-minarets-en-suisse-et-voile-islamique-50869154.html

 

EPILOGUE :

 

Plus de sept ans après la destruction des statues, dynamitées en 2001 par les talibans, une équipe franco-afghane a mis au jour en septembre 2008 des restes d’un Bouddha couché. Depuis des années, l’équipe menée par l’archéologue français d’origine afghane Zemaryalaï Tarzi est en quête de ce mystérieux "Bouddha couché", de 300 mètres de long, qui serait enterré au pied de la falaise, selon les écrits d’un pèlerin chinois, Huan Tsang, datant du VIIe siècle.

Beaucoup plus modeste, la découverte de 2008 a néanmoins suscité l’émotion dans la vallée. "Cela a été un grand moment, lorsque sont apparus les premiers signes. » M. Tarzi a commencé à étudier le terrain il y a près de 30 ans. Les années de guerre, puis celles du régime taliban, entre 1996 et 2001, ont interrompu ses recherches.

Après la chute du régime taliban à la fin 2001, Zemaryalaï Tarzi et son équipe sont repartis pour l’Afghanistan, avec une détermination intacte, pour poursuivre leur recherche du troisième Bouddha. Ils ont trouvé à la place les restes d’une statue inconnue, comprenant un pouce, un index, la paume d’une main, des morceaux de bras et de corps, ainsi que le lit où reposait ce Bouddha. "C’est la découverte la plus significative que nous ayons faite ici jusqu’à présent", remarque Abdul Hameed Jalia, le directeur des monuments et sites historiques de la province.Selon l’archéologue afghan Anwar Khan Fayez la tête et d’autres morceaux ont été en grande partie détruits, probablement lors d’une invasion arabe au IXe siècle. "D’après les différents morceaux retrouvés, nous pouvons dire que la statue semble mesurer 19 mètres", explique l’archéologue.Le site a ensuite été recouvert de terre pour protéger le Bouddha, à la fois des rigueurs de l’hiver et des voleurs d’antiquités.

Bamiyan, une région peuplée de musulmans chiites de l’ethnie Hazara, est aujourd’hui une oasis de calme relatif, ce qui aide le travail des archéologues. Mais dans ce pays toujours très instable, les projets de reconstruction ont du mal à prendre corps, bien que l’Unesco ait classé le site, en 2003, au Patrimoine de l’Humanité. "C’est le voeu des gens de Bamiyan, de voir au moins une des deux statues reconstruite", confie Mme Habiba Sorabi, gouverneur de la province. La reconstruction des Bouddhas pourrait selon elle encourager une activité touristique dans cette région désespérément pauvre, à 200 kilomètres au nord-ouest de Kaboul. "Malheureusement, le gouvernement ne veut pas s’en occuper", regrette Mme Sorabi, la seule femme gouverneur d’une province afghane. "C’est une honte".

  http://www.tdg.ch/actu/culture/prive-bouddhas-geants-bamiyan-continue-livrer-secrets-2008-11-10

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NOTE : A PROPOS DE L’ABBE GREGOIRE :

L’esclavage du Moyen-Age avait été aboli en 1315, mais les rois de France avaient fait une exception au principe national en faveur des colons installés dans le nouveau monde. Les Philosophes comme Montesquieu dans « l’Esprit des Lois » -1748-, Voltaire dans le conte philosophique  « Candide » -1859- , Rousseau (« Ces mots, esclaves et droit sont contradictoires » écrit –il), Diderot, l’Abbé Raynal, divers articles de « l’Encyclopédie », mais aussi l’écrivain Bernardin de Saint Pierre (« Paul et Virginie » -1787-) avaient largement condamné l’esclavage. Ce puissant courant abolitionniste (comme au RU) aboutit à la création en 1788 de la « Société des Amis des Noirs ».

La Révolution des droits de l’homme ne tolère plus, en principe, d’exception ou de privilège. Pourtant , si l’Assemblée Constituante accorda le 15 mai 1791 le droit de suffrage aux noirs libres, anciens esclaves affranchis, par contre le Décret de septembre 1791 laissa les assemblées coloniales libres de décider du statut Abbe Gregoiredes esclaves, ce qui résultait en fait au maintien de l’esclavage. C’est à l’action de l’Abbé Grégoire, (  Extrait du tableau de David sur le serment du Jeu de Paume è Voir biographie ensuite) chef de file des abolitionnistes en France, que l’on doit l’adoption par la Convention, sous Robespierre, le 4 février 1794 du Décret d’Abolition de l’esclavage  (dessin plume et lavis de Monsiaux ou Thévenin , Musée Carnavalet) après bien des hésitations. Elle qui fit suite à l’insurrection des esclaves de Saint Domingue commen-cée en août 1791 et conduite par le noir Toussaint Louverture il tenta ensuite d’établir une « république noire » qui fut le premier pays à déclarer illégal le trafic d'esclaves en 1793 mais fut capturé en juin 1802 à la suite de l’expédition décidée par Napoléon Bonaparte -.4 fv 1794 abo esclavage dess plume et lavis de Monsiaux ou

Elle donne aux anciens esclaves les droits civils et politiques de la Déclaration de 1789 : liberté de penser, de communiquer, droit de vote, pouvoir de faire "tout ce qui ne nuit pas à autrui ". La société a pour rôle d’assurer la garantie de ces droits des individus (individualisme), mais rien n’est prévu pour l’application de ces droits et les droits de l’homme sont réduits à ceux du citoyen, soumis aux lois : le travail forcé, imposé par le pouvoir, remplace l’esclavage à la Guadeloupe et en Guyane, après l’abolition de 1794. La Constitution de l’An III à l’article 15 de sa « Déclaration des Droits de l’homme » confirma cette abolition.

        Mais sous la pression des colons et de la bourgeoisie négrière des ports de l’Ouest, de la bourgeoisie coloniale ( à laquelle il est lié par son épouse Joséphine de Beauharnais, fille de colons de la Martinique) et marchande, le Consul Napoléon Bonaparte par la Loi du 20 mai 1802 rétablit l’esclavage et la « Traite des noirs ».  Cependant le Congrès de Vienne en 1815 décida la suppression de la Traite des noirs.

 

L’Abbé GREGOIRE (Henri), constituant, conventionnel, montagnard, évêque constitutionnel de Blois, érudit, membre de l’Institut né à Vého près de Lunéville, le 4 décembre 1750. Issu d’une famille pauvre, il entra dans les ordres, devint professeur ou collège de Pont-à-Mousson et fut couronné en 1779 par l’Académie de Nancy, pour un Eloge de la poésie. Nommé curé d'Embermesnil, il continua avec passion ses études, fit quelques voyages, de 1784 à 1787 et composa l'année suivante un Essai sur la régénération physique et morale des Juifs, qui lui valut nue nouvelle palme académique à Metz. Dans cet ouvrage remarquable il plaidait avec chaleur la cause de cette race si longtemps proscrite et réclamait pour elle l'égalité civile. Renommé dans le clergé lorrain pour son savoir, sa philanthropie et son libéralisme, il fut élu député de son ordre aux états généraux de 1789.

Dès les premières opérations de l’Assemblée, il s'efforça d’entraîner dans le parti des grandes réformes ses collègues ecclésiastiques et de les amener à s'unir avec le tiers état. Il eut ainsi beaucoup de part à la réunion des trois ordres, assista à la mémorable séance du Jeu de paume. Il plaida chaleureusement la cause des Israélites et des hommes de couleur, fit une adhésion sans réserve à la constitution civile du clergé et parvint, par son exemple et par ses écrits, à entraîner un grand nombre d’ecclésiastiques hésitants. Il fut élu député à la Convention nationale. Dans l’intervalle c’est à dire pendant la session de l’Assemblée législative, il avait donné tous ses soins à son diocèse, également zélé pour la religion et pour la liberté ; car, et c’est là un des traits originaux de son caractère, on sait qu’il fut à la fois révolutionnaire et chrétien très ardent. Des les premières séances de la Convention il monta à la tribune pour développer la motion de 1’abolition de la royauté faite par Collot d’Herbois. On a surtout retenu de son discours ces paroles mémorables qui sont dans les toutes les mémoires : " les rois sont dans 1’ordre morale ce que sont les monstres dans l’ordre physique ; les cours sont l’atelier du crime le foyer de la corruption ; l’histoire des rois est le martyrologe des nations". C'est sur sa rédaction que fut rendu le décret d'abolition de la royauté. Sur sa proposition, l'Assemblée rendit un décret par lequel la France républicaine promettait aide et secours aux peuples qui voulaient recouvrer leur indépendance. Il occupait le fauteuil de la présidence lorsque des délégués de la Savoie se présentèrent pour le demander la réunion de la Savoie à la République. La Convention envoya Grégoire avec trois autres, pour organiser le nouveau département. C'est pendant cette mission qu'eut lieu le procès de Louis XVI. Grégoire s’était, à plusieurs reprises, prononcé pour la culpabilité, mais il ne se croyait pas le droit de répandre le sang. Plus tard, sous la Restauration on l'a accusé d'avoir voté la mort. Rien n’est plus faux. Quant à lui, il s'était prononcé formellement à la tribune pour 1’abolition de la peine de mort, voulant que Louis fût appelé le premier à jouir du bienfait de cette loi philanthropique et qu'il fût condamné à l'existence, afin que l’horreur de ses forfaits l'assiégeât sans cesse et le poursuivît dans le silence des nuits.

Rentré dans la Convention, après six mois d'absence, il fut adjoint au comité d'instruction publique, où il rendit les plus grands services par son savoir, son patriotisme et son activité. Ce fut aussi lui qui eut la première idée d'une sorte de Confédération littéraire et morale entre les écrivains et les savants de tous les pays. Il fut ainsi l'un des fondateurs de l'Institut, du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes. Il montra aussi un grand zèle pour sauver de la destruction les monuments des arts et fit sur cet objet trois rapports pleins d’intérêt. L éducation publique trouva en lui un infatigable propagateur, il proposa et fit adopter d’excellentes mesures pour la multiplication des bibliothèques, l’extinction des patois locaux, la rédaction de bons livres élémentaires, 1’établissement de maisons modèles d’économie rurale, de jardins botaniques, etc .

Dès le début de la Révolution il avait été l’un des membres les plus actifs de la Société des amis des noirs. En juillet 1793, il obtint de l’Assemblée la suppression de la prime accordée pour la traite des nègres, et enfin, en février 1794, l’abolition complète de l'esclavage colonial, qui, plus tard, fut rétabli par Napoléon. Cependant, malgré la haine que lui ont vouée les catholiques officiels, et qui ne s'est jamais attiédie, Grégoire était resté sincèrement chrétien. Il était janséniste et gallican. Ses opinions religieuses l'égarèrent plus d’une fois. C'est ainsi qu'il avait contre les philosophes en général, et contre Voltaire un particulier un vieux fonds d’animosité qui éclatait fréquemment au dehors. Il était, il est toujours resté prêtre catholique. En novembre 1793 lors des grands mouvements antireligieux, il manifesta son opposition. Au moment de la plus grands impopularité du catholicisme, il ne fit pas une concession, et on le vit siéger à la Montagne et présider la Convention en habit violet.

Apres la Convention, il fut élu membre du conseil des Cinq Cents où d’ailleurs il ne joua pas un rôle bien important. Il parait avoir accepté avec assez de facilité le coup d'Etat napoléonien du 18 brumaire. Appelé au nouveau Corps législatif, puis ou Sénat (1801), il se montra défavorable au concordat, après la conclusion duquel il donna sa démission d’évêque. Il vota contre 1’établissement du gouvernement impérial combattit, seul dans le Sénat, la restauration des titres nobiliaires, ce qui ne l’empêcha point cependant d’accepter dans la suite le titre de comte. Mais s'il plia comme tant d'antres sous une destinée plus forte que les événements et les hommes, il resta néanmoins un des membres de cette petite opposition sénatoriale si désagréable à Napoléon. Il s'opposa notamment au divorce et à d’autres actes du nouveau régime. Sentant d’ailleurs son impuissance, et sans doute découragé par tant d'événements, il se réfugia de plus en plus dans l’étude et les compositions littéraires. En 1814, il eut part au projet de déchéance et fut ou des premiers à le voter.

Dès lors il demeura à l'écart et vit passer du fond de sa retraite la première Restauration, les Cent-Jours et le rétablissement définitif des Bourbons. Toutefois, il ne resta pas inactif et soutint dans divers écrits et brochures une lutte fort vive contre les ultraroyalistes et les ultramontains. En 1819 le département de l’Isère l’élut à la Chambre des députés. Cette élection fut le signal d’un déchaînement inouï des passions contre-révolutionnaires ; on y voulut voir une sorte de défi jeté à la monarchie et elle eut un retentissement immense. Grégoire fut accablé d’outrages par les journaux de la faction des Ultras ; en dépit des faits les mieux établis, on continuait à l’accuser d’avoir voté la mort de Louis XVI. Ses réponses dans le journaux étaient mutilées par la censure, ses lettres décachetées à la poste. Mais cette tempête ne le troublait point et malgré tout ce septuagénaire qui d'ailleurs avait traversé d’un front calme tous les orages de la Révolution, demeurait inébranlable.

  Dans une lettre au duc de Richelieu, il disait, à propos de ce système de persécution, suivi sans relâche depuis 1814 "Je suis comme le granit on peut me briser, mais on ne me plie pas ". Dans les faits, ce prêtre révolutionnaire avait bien peu plié sous l'Empire, mais en somme, s’il s'était tu le plus souvent, dans le fond il n’avait pas cédé, et c'est sans exagération que Jules Michelet a pu l’appeler " Tête de Fer ".

            Le ministère était parvenu à faire annuler son élection par la Chambre, à le faire rejeter comme indigne. Le mot est resté historique; mais il a été retourné par l’opinion publique contre ceux qui avaient rendu cet arrêt. Il avait été éliminé de 1’Institut par ordonnance royale. En 1822 il renonça au titre de commandeur de la Légion d’honneur, qu’il tenait de l’Empire, et dont une ordonnance exigeait le renouvellement.

Durant les années qui suivirent, il vécut au milieu d’un cercle d’amis singulièrement restreint de jour en jour par la pusillanimité, la crainte de déplaire aux puissants. Jusqu'à ses derniers moments il s occupa avec son activité habituelle d’études et de travaux littéraires, en outre une correspondance immense et ne cessant une seule minute de s’intéresser au progrès des lumières et à la marche des idées. A son lit de mort il donna encore des preuves de son indomptable fermeté. Sentant sa fin prochaine, il demanda les secours de la religion, à laquelle il restait attaché avec ferveur. L'archevêque de Paris y mit pour condition sa renonciation au serment qu'il avait prêté à la constitution civile du clergé. Sur ce point Grégoire était intraitable ; il refusa opiniâtrement. Néanmoins malgré les ordres supérieurs un abbé Guillon lui administra les derniers sacrements. L’autorité ecclésiastique ferma l’église à ses dépouilles mortelles, pendant que les journaux royaliste et soi-disant religieux publiaient contre l’illustre mort les articles les plus odieux ...

Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 12 décembre 1989, à l'occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution française, le même jour que Monge et Condorcet.

 

Par Giacobi Daniel - Publié dans : Mémoire et histoire - Communauté : géopolitique
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 12:44

Aujourd'hui le débat sur le voile intégral en France prend souvent une tournure géopolitique en raison de ses liensSantayana George Co Time avec la question de l’intégration et des relations avec l’Islam et avec l’Islamisme. Une nouvelle fois « le choc des civilisations » pointe son nez dans ce débat.

 

« Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le revivre »  écrit l’écrivain américain George Santayana.

 

Il est très éclairant de relire l’histoire de l’interdiction du voile à l’école entre 1989 et 2004 pour mieux comprendre le débat actuel sur le voile intégral.

 

Articles précédents:

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-voile-islamique-integral-et-burqa-des-faits-pour-batir-son-opinion-53671199.html

 

http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-interdiction-du-voile-a-l-ecole-en-france-entre-1989-et-2004-retour-sur-images-voile-islamique-integral-et-burqa-debat-geopolitique-2eme-article-53752496.html

 

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D/ La loi du 15 mars 2004

La loi du 15 mars 2004 « encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou deStasi Laicite et Repub Co Doc Frse tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics », appelée parfois « loi sur le voile islamique », a été votée par l’Assemblée nationale le 10 février 2004 avec 494 voix pour contre 36   puis par le Sénat en mars 2004. Elle interdit le port de tout signe religieux « ostensible », c'est à dire visible et porté dans l'intention d'être vus - manifestant ainsi non plus l'appartenance à une religion mais une volonté politique - ce qui inclut le voile islamique mais aussi la kippa juive, le turban sikh et le port de grandes croix chrétiennes. La loi permet le port de symboles discrets de sa foi, tels que petites croix, médailles religieuses, étoiles de David, ou mains de Fatima. Elle prévoit une "phase de dialogue" avec le chef d’établissement avant toute exclusion.

 

Cette loi « particulièrement courte » est complétée par une circulaire interprétative du 18 mai 2004 qui a été publiée au Journal officiel du 22 mai 2004. Les Ct loi 2004 bsignes et les tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse sont interdits dans les établissements scolaires publics : écoles, collèges, lycées, classes préparatoires... La circulaire indique que la loi sur la laïcité s'applique à toutes les activités placées sous la responsabilité des établissements, qu'elles se déroulent à l'intérieur des établissements scolaires ou non. Les élèves ont le droit cependant de porter des signes religieux discrets contrairement aux agents contribuant au service public de l'éducation (et ce quels que soient leur fonction et leur statut). Cette circulaire remplace trois circulaires antérieures, parues en 1989, 1993 et 1994 relatives au respect de la laïcité, au port de signes religieux par les élèves et au caractère obligatoire des enseignements.

Le Conseil d’Etat a statué le 5 décembre 2007 que l'interdiction s'appliquait également aux signes etdelanoe Bertrand tenues démontrant une affiliation religieuse par le simple comportement de l'élève et a ainsi confirmé l'interdiction du port d'un sous-turban sikh et d'un bandana. 

Le tribunal administratif de Melun a rejeté le recours de trois lycéens sikhs qui demandaient à être réintégrés dans leur lycée de Bobigny, après en avoir été exclus en novembre 2004, au prétexte qu'ils portaient un sous-turban (Le Monde des 14 et 19 avril 2005).

Le domaine d'application de la loi est très clairement limité à celui du comportement des élèves du secondaire et du primaire et ne règle donc pas la question des tenues des parents ou de celui des étudiants, élèves des universités.

 

VIDEO : Bertrand Delanoë, maire de Paris évoque la Loi de 2004 :

 

 

En juin 2003 au département d'études arabes de Langues'O, dans les locaux de l'universitéCt loi 2004 Co Hijab and the city Paris III, à Asnières (Hauts-de-Seine). Le directeur, Jean Tardy, est excédé : à lire la revue en ligne proche-orient.info, "nous serions un repère d'intégristes". Dans son article, le journaliste affirme que l'Institut national appliqué des langues et civilisations orientales (Inalco) "est en proie à une poussée islamiste sans précédent". Sans les dater, il s'appuie sur des "faits" qui lui ont été "relatés directement".

M. Tardy en confirme certains. En 2001, des étudiantes musulmanes ont réclamé un lieu de prière qui leur a été refusé. "Il y a des mosquées autour de l'université", leur a expliqué le président de l'Inalco, Gilles Delouche. Une jeune femme a refusé de passer un oral avec un homme. "C'est ça ou zéro", lui a-t-on dit. Elle a obtempéré, assure M. Tardy. Des étudiants se sont rebiffés contre une enseignante qui leur faisait étudier un poème sur un fond musical : "Le Coran l'interdit", lui a dit un élève, qui l'a menacée verbalement. Soumise à de "fortes pressions", la professeure préfère ne pas s'exprimer.

En revanche, le directeur du département d'études arabes "dément formellement" qu'une des femmes porte "la burqa" en cours. "C'est l'habit des femmes afghanes, qui ont le visage caché derrière un grillage. En dix ans, je n'en ai vu aucune", dit M. Tardy.

Derrière la sérénité affichée, les enseignants sont vigilants. M. Delouche dit avoir reçu "cinq lettres" d'élèves décrivant "une atmosphère oppressante" ; "Du style : ne parle pas du problème du voile, ce sera mieux pour toi", résume-t-il. Lors d'une réunion interne, les professeurs du département d'études arabes ont évoqué les problèmes qu'ils avaient rencontrés. "L'un d'eux a raconté qu'il s'autocensurait pour éviter des incidents", témoigne M. Delouche.

La loi de 1905 sur la laïcité ne s'appliquant pas à l'université, "seule l'identité des étudiants peut y être contrôlée", ont constaté les enseignants. (D’après Clarisse FABRE- LE MONDE 11 juin 2003)

 

§ Le débat sur la laïcité a pesé sur la marche des femmes, qui a rassemblé, samedi 6 mars 2004 à Paris, 7000 personnes - selon la police - et mis en lumière les divisions qui traversent associations et mouvements politiques.  En tête, défilait le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) dont l'appel, privilégiant la lutte "contre la politique de régression sociale du gouvernement", avait été signé par 80 organisations. Derrière une bannière affirmant "emploi, sexualité, laïcité, mixité, les droits des femmes sont menacés", marchent les féministes de la première heure. Comme Maya Surduts, porte-parole du collectif : "Nous dénonçons le voile, mais il n'est pas notre unique préoccupation. Les femmes sont les premières victimes des attaques sociales du gouvernement." Suivent les partis - Marie-George Buffet (PCF), Anne Hidalgo (PS), Alain Krivine (LCR) -, les syndicats, le Mouvement pour la libération de la femme (MLF). Des manifestants ont pendu des poupées Barbie à des gibets de fortune. "Non aux normes sexistes", proclament-ils au milieu d'un défilé qui mêle ambiance années 1970 et lutte sociale.

2004 Protestation Marseille Co APQuelques dizaines de mètres en arrière, le son est plutôt rap. Un deuxième cortège brandit des pancartes "Touche pas à ma pote" en forme de main rose. Aux côtés d'une cinquantaine de filles voilées, elle regrette que "le féminisme ait été instrumentalisé par les partisans de la loi". Souriante sous son hidjab, Nabila, 20 ans, explique : "En France, on porte le foulard comme un acte libre." Devant ce collectif, la LCR, qui défilait dans le premier cortège, a placé deux rangs de service d'ordre, histoire de montrer qu'elle n'y est en rien associée, même si son organisation de jeunesse - les JCR - et deux de sesCt loi 2004 dirigeants ont pris place aux côtés des filles voilées.

   2004 03 06 djakarta Indonesie manif dv ambassade FR Un peu partout dans le monde musulman des manifestations éclatent contre la vote de la loi par le Parlement français comme en Indonésie, en Iran ou au Pakistan.

 

§ Dès août 2004 environ huit collèges et lycées sur dix avaient procédé à une modification de leur règlement intérieur afin de le mettre en conformité avec la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école, selon les synthèses transmises par les recteurs d'académie au cours d'une réunion avec François Fillon, ministre de l'Education nationale,  le  26 août 2004. "Il a souligné qu'il n'y aurait pas de dérogation dans l'application de la loi et que, dans le même temps, l'Education nationale devait parvenir à remplir son objectif principal, celui de l'intégration". Dans la plupart des cas, les conseils d'administration ont repris le modèle de modification suggéré par la circulaire d'application de la loi: "Conformément aux dispositions de l'article L. 141-5-1 du code de l'éducation, le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Lorsqu'un élève méconnaît l'interdiction posée à l'alinéa précédent, le chef d'établissement organise un dialogue avec cet élève avant l'engagement de toute procédure disciplinaire." Une petite partie des établissements ont choisi d'interdire tous les couvre-chefs à l'intérieur de la classe - une décision qui n'était pas exclue par la circulaire. Les collèges et lycées qui n'ont pas révisé leur règlement intérieur pouvaient le faire mais "quoi qu'il arrive, la loi s'applique même si les règlements intérieurs n'ont pas été modifiés", rappelait le ministère. Le Syndicat national des personnels de direction de l'éducation nationale (SNPDEN), majoritaire chez les proviseurs et les principaux, rappelait sa volonté d'une application stricte de la loi. "Nous ferons respecter la loi, fermement et absolument. Il n'est pas question que des jeunes puissent arborer des signes de reconnaissance religieuse ou communautaire à l'école", insista le secrétaire général, Philippe Guittet, sur France-Inter.         (D’après Luc Bronner - LE MONDE 27 août  2004)

 

 2 septembre 2004 : Retours sur image : 1ère rentrée après la Loi sur les signes religieux ostentatoires  (D’après les correspondants locaux du journal   LA  CROIX  03 septembre  2004)

 

 § Le symbole Henri-Wallon à Aubervilliers.

Une dizaine de caméras sont postées dès 8 heures devant les grilles du lycée Henri-Wallon à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) où ont été exclues Alma et Lila Lévy en octobre 2003. Il y avait là deux chaînes allemandes, une télévision japonaise, Fox News, CNN et la chaîne iranienne Al Alam. "C'est l'ONU ici", lance un journaliste d'un ton moqueur. Un dispositif d'accueil a été mis en place pour les élèves : la nouvelle proviseure et les conseillers principaux d'éducation attendent les élèves. Si une jeune fille se présente en voile ou en fichu, elle est priée de l'ôter. En cas de refus, elle est conduite vers une "salle de dialogue" aménagée dans les locaux administratifs. Ce jeudi, le cas ne s'est pas présenté. Philippe Darriulat, professeur à Henri-Wallon, pense que la rentrée se passera bien : "Mais le fichu qui jusque-là était admis, ne sera plus toléré." Une jeune fille se présente avec un bandeau blanc qui lui couvre la moitié des cheveux : "Cela n'a rien à voir avec la religion", dit-elle et ajoute : "Si on me demande de l'enlever, je prierai Allah." Elle passe sans encombre le comité d'accueil.

 

 § Dans le Nord : "On traite les jeunes filles voilées comme des extraterrestres".

Sur l'esplanade du lycée Raymond-Queneau à Villeneuve-d'Ascq (Nord), les petits groupes d'élèves venus un peu en avance, angoissés par la rentrée, étaient moins nombreux que les micros et les caméras. Nombre d'entre eux s'éparpillent d'ailleurs dans le parc attenant, à l'abri des objectifs. Ce lycée tranquille de la banlieue lilloise détenait à la rentrée scolaire 2003 un record national non officiel avec 58 jeunes filles voilées. Grâce à un travail de dialogue entre élèves, parents et professeurs, 31 d'entre elles avaient accepté de ne plus le porter en classe. La matinée est calme mais la première jeune fille portant le voile rebrousse chemin face à la haie de journalistes. Elève de première, elle ne fait aujourd'hui qu'accompagner son amie Hanane, qui rentre en seconde ce matin. Hanane est scandalisée : "C'est pas normal. On les traite comme des extraterrestres ! Avec ce comportement débile, elles vont être obligées de l'enlever." L'inquiétude reste grande pour demain, jour où rentrent les premières et terminales. Ce sera le cas pour Asma, qui porte un voile mauve très serré autour de la tête : "Je viendrai avec mon voile demain, même si je compte l'enlever en rentrant dans le lycée. Je trouve que cette loi n'est pas juste. Je ne parle jamais de ma religion avec les autres. C'est personnel et je ne vois pas ce qu'il y a dérangeant", explique la jeune fille. "Aujourd'hui, poursuit-elle, j'éprouve surtout un sentiment de gêne. Ça va me faire bizarre de l'enlever. Ça m'est arrivé qu'une seule fois dans les vestiaires de sports de l'école. J'aurai besoin d'un temps d'adaptation. Mais je n'ai pas le choix. Si je veux devenir quelqu'un dans cette société, je dois poursuivre mes études." Le proviseur, Armand Martin, s'est exprimé brièvement aux portes du lycée et ne veut pas anticiper les prochains jours. "Chaque chose en son temps. Aujourd'hui, tout s'est très bien passé. Nous restons vigilants. On va vérifier tous les matins au passage des élèves dans le hall que l'habitude est bien prise. Je pense que cette loi est apaisante. On ne ressent pas les mêmes tensions que l'an dernier. Aujourd'hui, tous les élèves sont sur un pied d'égalité. C'est beaucoup plus clair et pour tout le monde." Le règlement intérieur a lui-même évolué : désormais, tout couvre-chef - casquette, bonnet et même bandana - est désormais interdit.

 

 § A Drancy, la sérénité de Leïla, jeune fille voilée.

Un peu à l'écart des autres élèves, une jeune fille attend sagement la rentrée des classes devant le lycée Eugène-Delacroix à Drancy (Seine-Saint-Denis). Son voile rouge et noir cache totalement ses cheveux et son cou. D'origine marocaine, Leïla (son nom a été changé), 17 ans, rentre en première année de BEP. Elle porte le voile depuis l'âge de 12 ans et affiche une grande sérénité par rapport à son choix. "Je vais retirer mon voile avant de rentrer comme je le faisais au collège à la demande du chef d'établissement, explique-t-elle d'une voix douce. Je suis musulmane. Mais la République française me demande de le faire." Personnellement, Leïla avoue ne pas comprendre la logique de la loi contre les signes religieux à l'école qu'elle a vécue au départ comme une sanction. "Mais, déclare-t-elle, on est tous français et on doit respecter les lois." Depuis la prise d'otages des deux journalistes français en Irak, la jeune fille craint que le regard que portent les gens sur elle dans la rue ne se durcisse. "C'est horrible ce qu'on a fait à ces journalistes, dit-elle, ce sont nos compatriotes." Il est 8 h 30. Les portes du lycée s'ouvrent. En franchissant le seuil de l'établissement, Leïla fait glisser doucement son voile le long de ses épaules avant de le mettre dans son sac. Le proviseur accueille les élèves le sourire aux lèvres. L'an passé, une dizaine de jeunes filles voilées ont fréquenté l'établissement. Aucune exclusion n'avait été prononcée mais deux élèves s'étaient exclues d'elles-mêmes faute d'avoir effectué leur stage à l'hôpital : elles refusaient de se découvrir les bras et les chevilles. "La loi sera appliquée avec fermeté et doigté, explique Raymond Scieux, le proviseur du lycée. Si des jeunes filles refusent d'enlever leur voile, je les accueillerai dans une salle à part, je rappellerai la loi et entamerai le dialogue avec leurs parents."

 

  § A Mulhouse, le soulagement du proviseur.

"Il n'y en a pas. Ouf..."Venu surveiller discrètement l'arrivée des élèves des classes de seconde, Gérard Greilsammer, proviseur du lycée professionnel du Rebberg à Mulhouse (Haut-Rhin), est visiblement soulagé. Ce jeudi matin, il est intervenu auprès de deux garçons auxquels il a demandé d'ôter leur casquette dans la cour de récréation. "Tous les couvre-chefs sont proscrits désormais", indique-t-il. De 15 à 20 filles voilées fréquentaient le lycée l'an dernier. "La plupart des enseignants, sauf deux ou trois, n'avaient pas fait d'objection à ce qu'elles soient scolarisées. Certaines enlevaient leur voile dans certains cours, mais pas dans d'autres", indique-t-il. Le proviseur avait demandé en juin aux élèves voilées qui restaient scolarisées dans son établissement de s'engager à respecter le règlement et la loi. "Toutes ont signé", affirme M. Greilsammer qui veut rester prudent : "Ce n'est pas encore gagné, des jeunes filles voilées peuvent revenir quand la pression sera tombée."

 

 § Rentrée tranquille au lycée Turgot, à Paris.

Ni voiles ni trompettes au lycée Turgot dans le 3ème  arrondissement de Paris où un reportage télévisé - très critiqué par les élèves - avait fait état, il y a un an, de vives tensions communautaires. "Pourquoi voulez-vous qu'il y ait des problèmes ?", disent sans aménité trois lycéennes qui écrasent leur dernière cigarette avant de rentrer dans le lycée. Ici on parle des vacances, là du prochain week-end. Certains évoquent leurs futurs professeurs mais, ce matin, dans le centre de Paris, il n'y a pas d'affaire de voile.

 

§ Juillet 2005 = Le rapport-bilan rédigé un an après le vote de la loi ne cache pas la tension découlant de l'entrée en vigueur de la loi. Un chantage fut mené par des extrémistes religieux. Le 20 aoûtdrapeaubbrislam 2004 des membres de « l’Armée islamique en Irak »ont pris en otage deux journalistes français et leur chauffeur revendiquant « l’annulation de la loi » sous 48 heures.

Le bilan de la première année est jugé positif mais les acquis de la loi apparaisent alors  "fragiles"  selon l'analyse dressée par l'inspectrice générale de l'éducation nationale Hanifa Chérifi, ancienne membre de la commission Stasi sur la laïcité et responsable de la cellule de veille du ministère de l'éducation sur l'application de la loi,  dans un rapport de 72 pages remis en juillet 2005 au ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien. Le document appelait  à la "vigilance" à avant la rentrée 2005.

Le bilan quantitatif est jugé satisfaisant. "Le nombre total de signes religieux recensés au cours de l'année 2004-2005 est de 639, soit deux grandes croix, onze turbans sikhs, et les autres signes, tous des voiles islamiques" , ce qui représente, au total, "moins de 50 % des signes recensés l'année précédente" , selon Mme Chérifi. "L'essentiel des signes, ­ plus de 82 % ­ se concentre dans six académies  comptantt une population immigrée importante" selon le rapport. Les académies les plus touchées sont Strasbourg (208 signes), Lille (118), Créteil (70), Montpellier (61), Versailles (38) et Lyon (32). La grande majorité des élèves (496) ont accepté de retirer leur signe religieux. Les refus ont débouché sur 47 exclusions définitives des établissements (44 pour le port de voiles, 3 pour des turbans sikhs). Le rapport évoque également les solutions "alternatives" aux exclusions, qui ont débouché sur le départ volontaire des élèves de leur établissement : 96 élèves ont ainsi préféré s'inscrire dans le privé, en France ou à l'étranger, ou faire appel au Centre national d'enseignement à distance (CNED). Selon le rapport, 28 recours devant les tribunaux ont été déposés par des élèves exclus. Les douze premiers jugements rendus ont confirmé les décisions d'exclusion.

Le bilan qualitatif était plus mitigé. "On peut affirmer, sur la base d'informations directement recueillies auprès de chefs d'établissement et celles transmises par les correspondants académiques, que nombre de jeunes filles et de parents ont vécu comme une libération l'application de la loi" , indique Mme Chérifi. Mais l'inspectrice générale reste prudente sur la mise en œuvre future de la loi : "Il convient évidemment de ne pas considérer comme définitivement réglée la question des signes religieux à l'école, et plus spécifiquement celle du voile islamique." Le rapport signale notamment que, "si certaines élèves ont abandonné leur voile à la faveur de l'application de la loi, d'autres le remettent à la sortie des établissements" . Un commentaire étonnant dans la mesure où la loi sur les signes religieux ostensibles n'a pas vocation à s'appliquer en dehors de l'école. manif-pmf

Pour l'année scolaire 2005-2006, Mme Chérifi suggèrait de "ramener la durée du dialogue -entre la famille et les responsables de l'établissement- à une ou deux semaines" : en 2004-2005, les procédures de "dialogue", pendant lesquelles les élèves n'avaient pas le droit d'assister aux cours, s'étaient étalées sur un mois et demi. Ces mises à l'écart provisoires risquaient d'être invalidées par les tribunaux, comme l'avait montré la décision du tribunal administratif de Strasbourg, fin juillet 2005.

 

Source : Légifrance, Circulaire pour la mise en oeuvre du principe de laïcité dans les écoles

 

5 ans plus tard la loi sur les signes ostentatoires est toujours constestée au nom de la liberté de religion dans certains milieux musulmans.

 

E/ Une TENTATIVE D’ANALYSE DES PROBLEMES : Le rapport de la Cour des comptes de décembre 2004 :

  philippe-seguin prd Cour des cptesDans un rapport la Cour des comptes recense les carences et les incohérences des politiques d'immigration et d'intégration menées en France depuis trente ans. Cette évaluation avait été lancée en 2003  par Philippe Séguin, président de la Cour des comptes. Premier constat : la situation d'une partie de la population issue de l'immigration est «plus que préoccupante». Que ce soit en matière de logement, d'emploi ou d'éducation, «les résultats des efforts consentis par les pouvoirs publics sont peu probants». Ces mauvais résultats sont «à l'origine de dysfonctionnements graves du corps social, lourds de menaces pour l'avenir».

Le dossier de l'immigration se circonscrit à «trois difficultés majeures dont le traitement a jusqu'ici débouché sur un triple échec aussi pénalisant pour les intéressés que pour la collectivité nationale» :

1°) la concentration d'une part importante des immigrés dans des zones dont les difficultés connaissent un développement quasi exponentiel ;

2°) la situation économique, sociale et personnelle d'un grand nombre d'immigrants et de leurs enfants dont certains ont à faire face à des pratiques discriminatoires ;

3°) le nombre et les conditions de vie des étrangers en situation irrégulière.

La Cour des comptes notait que les deux premiers «échecs» sont lourds d'implications : «le regroupement - spontané, toléré ou encouragé - de la population dans les secteurs géographiques difficiles a des effets négatifs qui se cumulent, écrivent ainsi les auteurs du rapport. Non seulement les efforts d'intégration n'ont plus aucune portée mais tous ceux qui auraient pu être consentis antérieurement verraient leurs effets progressivement atténués, voire anéantis». Le troisième «échec» a pour conséquence de «contraindre les intéressés à une existence précaire» et entraîne «toute une série de désordres coûteux en termes moraux et financiers pour la collectivité (travail clandestin, délinquance).»

«Cette situation de crise n'est pas le produit de l'immigration, écrivent les auteurs du rapport. Elle est le résultat de la manière dont l'immigration a été traitée» depuis des décennies. Selon la Cour des comptes, les pouvoirs publics ont toujours mis la priorité sur les questions d'entrée et de séjour des étrangers - depuis 1974, l'ordonnance de 1945 a été remanié 33 fois -, mais ont négligé l'accueil des migrants et l'intégration des populations issues de l'immigration. La Cour observe ainsi que les politiques d'intégration, «mal définies dans leurs objectifs et leurs principes», sont parfois menées de manière «incohérente», flou entretenu par «une réelle méconnaissance des publics concernés».

Le rapport critiquait la multiplication des structures chargées d'intervenir dans le secteur de l'intégration. Pas moins de 15 ministres, 6 ministres délégués et 6 secrétaires d'État ont été mobilisés pour la préparation et la mise en œuvre des décisions du comité interministériel à l'intégration du printemps 2003. La Cour regrettait que les différents ministères ne coordonnent pas leurs actions et mènent parfois des «politiques contradictoires».

La Cour des comptes mettait en cause les organismes ou associations chargées de l’intégration (OMI, Fasild, SSAE, Geld  - Office des migrations internationales, Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations, Services sociaux d’aide aux émigrants, Groupe d’étude et de lutte contre les discriminations.- ), qui «ont souvent bénéficié d’une latitude qu’ils ne semblent pas toujours avoir su utiliser» : «Associations abonnées aux subventions», «financements multiples et croisés», «superposition des dispositifs», «dépenses non réellement maîtrisées». Le rapport regrettait que l’État – via la Direction des populations et des migrations (DPM) du ministère des affaires sociales ou le Fasild – ne soit pas plus rigoureux. Ainsi, l’examen de quelques dispositifs gérés par la DPM montre que celle-ci «peine à les animer et à en assurer le suivi». C’est le cas des plates-formes d’accueil mises en place pour les nouveaux migrants. Fin janvier 2004, 15 départements ne disposaient toujours pas de programme. La cour cite encore d’autresPhilippe-Seguin-J Chirac exemples de gaspillage des fonds publics, comme celui de l’Agence pour le développement des relations interculturelles (Adri), dont l’action est jugée totalement «inefficace» par la cour. «Les structures en charge de l’immigration sont indéniablement un héritage du passé», lisait-on dans le rapport, et paraissent inadaptées. Autre critique formulée : le manque de lisibilité des dépenses de l’État affectées à l’accueil des immigrants et à l’intégration.

Pour pallier ces dysfonctionnements, la cour préconisait la création d’une structure dotée d’une «réelle autorité interministérielle» et placée auprès du premier ministre, afin de mettre en œuvre «une politique claire en matière d’immigration et d’intégration». Le rapport préconise «une transparence financière, une définition plus nette des objectifs poursuivis et la justification des crédits inscrits».

 (D’après Solenn DE ROYER  - LA CROIX  27 septembre  2004)

 

F/ Etudier le fait religieux à l'école

L’opinion publique, dans sa grande majorité, approuve l’idée de renforcer l’étude du fait religieux à l’école publique. Les rapports du recteur Philippe Joutard en 1989 et de Régis Debray en 2002 ont montré que la connaissance des cultures religieuses était nécessaires à l’intelligence des sociétés actuelles, de leur passé et de leur présent, de leur patrimoine littéraire et artistique, de leur système juridique et politique.

Peu à peu des enseignements des faits religieux s’imposent au sein des programmes et des enseignements.

Dans cette perspective, La Documentation française propose, dans la collection «La Documentation photographique», un numéro sur «le fait religieux en France», qui retrace, à travers des documents et une riche iconographie, les évolutions des trois grandes familles confessionnelles dans la France contemporaine (christianisme, judaïsme, islam).

Régis Debray publie alors un ouvrage d'une grande richesse de réflexion et d'érudition, Prix Combourg en 2003 : "Dieu, un itinéraire".Debray Regis Co AFP

Regis Debray livre a

Regis Debray livre b

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références sur le Web :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Voile_islamique_en_France#La_loi_sur_le_port_de_signes_religieux_ostensibles_.28mars_2004.29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_fran%C3%A7aise_sur_les_signes_religieux_dans_les_%C3%A9coles_publiques

La Circulaire Bayrou de 1994 :

http://www.crdp-nice.net/editions/supplements/2-86629-399-1/F6_4_CircBayrou.pdf

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/laicite/laicite-ecole.shtml

 

Par Hgsavinagiac - Publié dans : Géopolitique des civilisations - Communauté : GEOPOLITIQUES MONDIALES
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 12:40

Aujourd'hui le débat sur le voile intégral en France prend souvent une tournure géopolitique en raison de ses liensSantayana George Co Time avec la question de l’intégration et des relations avec l’Islam et avec l’Islamisme. Une nouvelle fois « le choc des civilisations » pointe son nez dans ce débat.

 

« Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le revivre »  écrit l’écrivain américain George Santayana.

 

 

 

Il est très éclairant de relire l’histoire de l’interdiction du voile à l’école entre 1989 et 2004 pour mieux comprendre le débat actuel sur le voile intégral.

 

 

 

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2°) HISTORIQUE DU DEBAT SUR LE VOILE EN FRANCE :

 

  Depuis les années 1990 est ouvert en France un débat sur le voile islamique. Il pose diverses questions : celles de l’intégration face à la montée des communautarismes, de la condition féminine en France quelque soit la religion ou l’origine nationale, et enfin celles de la lutte contre l’islamisme sans amalgame avec la Communauté musulmane française. Nourri de la peur d'une « communautarisation » voire d'une « islamisation » de la société française, le débat sur le voile à l’école a permis à certaines franges de la communauté musulmane  d’exprimer la peur d'une « assimilation et d’une sécularisation forcées » face aux expressions de la foi musulmane. Il a aussi amorcé la définition de la place de l’Islam dans la société nationale.

 

Ce débat aboutit au vote de la Loi de 2004 sur les signes religieux à l’école publique. 

 

  A/ Des débats avant-coureurs :

 

     C’est à partir de 1989 que les médias français commencent à parler de filles qui portent le tchador à l’école, en cours comme à la récréation,  pour y affirmer leur identité religieuse.

     Le 18 septembre 1989 Fatima (13 ans) et Leïla (14 ans) Achahboun, ainsi que Samira Saïdani, cessent de fréquenter le Collège Gabriel-Havez de Creil dans l'Oise (500 élèves musulmans sur 876 et 25 nationalités ), sur la demande du principal du Collège qui estime dans une lettre aux parents que le voile est une marque religieuse incompatible avec le bon fonctionnement d'un établissement scolaire. Malek Boutih alorsJospin Lionel a vice-président de SOS Racisme trouve « scandaleux que l'on puisse au nom de la laïcité intervenir ainsi dans la vie privée des gens, malmener les convictions personnelles. » L'Humanité , le quotidien communiste, du 6 octobre 1989 dénonce : « la volonté de mettre l'islam au ghetto, les relents de racisme", ladémission éducative ». Lionel Jospin alors ministre de l'Education nationale appela au respect de « la laïcité de l'école qui doit être une école de tolérance, où l'on n'affiche pas, de façon spectaculaire ou ostentatoire, les signes de son appartenance religieuse. » Il précisa :  « l'école est faite pour accueillir les enfants et pas pour les exclure ». Finalement, les trois collégiennes retournèrent à l'école le lundi 9 octobre 1989  suite à un accord entre les parents et le Collège : Les filles pourront mettre leur foulard dès la sortie des cours et le retirer avant d'y entrer.

      Souan Flijan, tunisienne en cours de naturalisation de 18 ans demeurant à Marseille a subi plusieurs refus d'inscription parce qu'elle portait le voile. Inscrite finalement au lycée professionnel de Marie Laurencin à Sainte-Marthe, elle est admise en cours le matin du 6 octobre 1989 mais dès l'après midi, on la refuse à nouveau en classe et elle n'est plus revenue au lycée. Le MRAPMouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples-  est saisi et Maître Gilbert Collard assura la défense des intérêts de l'association et de Souan Flijan. Le 16 octobre 1989 le recteur de l'académie d'Aix-Marseille Charles Zorgbibe se rend au lycée professionnel pour soutenir les enseignants, qui font bloc avec le proviseur pour ne pas accepter que la jeune Souan porte son voile en cours. Il déclara : « Cette intégration ne se fera que dans la laïcité. On ne peut pas lâcher sur ses principes. Il faut que tous les jeunes Marseillais apprennent à vivre dans la République. » SOS Racisme soutint le MRAP et jugea cette position « on ne peut plus douteuse et irresponsable ».

      Les affaires se multiplient alors en France prenant une allure de « bras de fer » avec les autorités françaises et les syndicats d’enseignants. Les prises de position déferlent dans la presse nationale. Le débat perdura jusqu'en 2004, date de la loi sur les signes religieux à l'école.

    Le dimanche 22 octobre 1989 un millier de personnes selon Libération, « quelques centaines » pour l'Humanité, manifestent à Paris contre l'interdiction du port du foulard à l'école. Libération du 23 octobre  consacra 4 pages à ce dossier écrivant à la une  : « Un déferlement de prises de positions a marqué ce week-end, à propos du port des foulards coraniques dans les écoles publiques. Si l'embarras domine, les clivages ne recoupent pas les frontières politiques et idéologiques traditionnelles. Ils départagent ceux qui prônent l'interdiction par crainte du développement de l'intégrisme et les partisans de l'autorisation, eux-mêmes différemment motivés. » Tous les journaux illustrent leur édition du 23 octobre par des photos de manifestantes voilées en tenue iranienne.

   

       Le 4 novembre 1989, c'est au tour de Danielle Mitterrand de se prononcer pour le respect des miterrand danielle b Co Liberationtraditions et accepter les filles voilées à l'école, elle est accusée par Marie-Claire Mendès-France de faire le lit de la « charia musulmane ». De son côté, Julien Dray (PS) prône l'acceptation des filles voilées qui, ainsi, « évolueront d'elles-mêmes » tout en soulevant la problématique d'intégration de la population d'origine étrangère, opinionRocard Michel et Mitterrand avr 1988 Montpellier AFP partagée par Jean Bousquet (Député UDF de Nîmes). Une pétition qui fait « Le pari de l'école » et qui reconnaît « le signe de l'oppression et de la contrainte exercée sur les femmes musulmanes », mais qui affirme que « l'exclusion sera toujours la pire des solutions » est signée dans Libération du 6 novembre 1989 par plusieurs personnalités, dont Marguerite Duras (écrivain), Catherine Barma (productrice), Elli Medeiros (artiste), Catherine Lara (artiste), Noria Allami (auteur de Voilées et dévoilées), Monique Ewange-Epee (recordwoman de France du 100 mètres haie), Souad Benami (Présidente de "Nana beurs"), Ségolène Royal (PS), Anne-Marie Granger (Cahiers du féminisme), Halima Boumédienne, etc.

 

 

 

Michel Rocard, Premier ministre, défend de son côté la défense de la laïcité et le principe de refus des exclusions.

 

B/  L’avis du Conseil d’Etat et les 3 circulaires de 1989, 1990 et 1994 :

 

En novembre 1989, le Conseil d’Etat  saisi par le ministre de l'Education nationale Lionel Jospin  affirme que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, est compatible avec la laïcité, et rappelle qu'un refus d'admission ou une exclusion dans le secondaire « ne serait justifié que par le risque d'une menace pour l'ordre dans l'établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l'enseignement ».

En décembre1989, le ministre de l’Education nationale publie une circulaire, statuant que les enseignants avaient la responsabilité d’accepter ou de refuser le voile en classe, au cas par cas.

  En janvier 1990 trois filles sont exclues du collège Pasteur de Noyon et les parents de l’une des filles portent plainte contre le principal pour diffamation. Suite à ces événements, les enseignants d’un collège de Nantua se mettent en grève contre le port du voile islamique à l’école.

 

Une seconde circulaire ministérielle rappelle en 1993 le besoin de respecter le principe de la laïcité dans les écoles publiques.

 

En septembre 1994 une 3ème circulaire dite « Circulaire Bayrou », établit la distinction entre « symbolesBAYROU Francois CO Pyrénéesinfo discrets » pouvant être portés en classe et les « symboles ostentatoires » interdits dans les établissements publics.

 

En octobre 2004 une manifestation est organisée par les élèves du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie en faveur de la liberté de porter le voile en classe. En novembre 24 filles voilées sont expulsées de ce lycée et du lycée Faidherbe de Lille.

 

De 1994 à 2003, 100 filles environ ont été exclues de collèges et de lycées publics pour port de voile islamique. Dans un cas sur deux environ, ces expulsions furent annulées par les tribunaux.

     La situation devenait intenable car chaque proviseur est seul face aux différents refus d'enlever le voile et doit statuer aux cas par cas. En novembre 1994, le ministère nomme Hanifa Cherifi médiatrice pour le foulard.

   

Le débat sur le voile à l’école s’inscrit dans un contexte terroriste tendu :

 

Après la multiplication des attentats meurtriers contre des Français vivant en Algérie (+30 depuis septembre 1993) ; le détournement de l’avion d’Air France à Alger puis Marseille en décembre 1994, l’été 1995 fut marqué par la reprise des attentats islamistes en France, ils voulaient faire pression sur le gouvernement français afin qu’il cesse son soutien financier et diplomatique au gouvernement algérien en lutte contre le F.I.S. – Front Islamique de Salut - . Le 25 juillet 1995 une bombe explosa dans une rame du RER (Réseau Express Régional) faisant 7 morts et de  très nombreux blessés. Le Ministère de l’Intérieur décida la mise en place d’un coûteux plan de surveillance appelé « Plan VIGIPIRATE ».

Les attentats reprirent avec un nouvel attentat dans le RER le 17 octobre 1995 revendiqué par le G.I.A. – Groupe Islamique Armé- cependant condamné en Algérie par le F.I.S. – Front Islamique du Salut - , le principal parti d’opposition en Algérie.

Le 3 décembre 1996 une bombe éclata dans une rame du RER à la station de Port Royal faisant 4 morts et 126 blessés. L’explosif conduisit les enquêteurs sur la piste du G.I.A. opposé à l’amélioration des relations diplomatiques entre Paris et Alger après que le 29 novembre 1996 86% des Algériens aient adopté par référendum une modification de la constitution algérienne qui étend les pouvoirs du président de la République Lamine Zéroual et que les liaisons aériennes avec l’Algérie aient été rétablies. Le Plan Vigipirate suspendu au printemps 1996  a été réactivé ; resté en place il fut encore renforcé pendant le « Mondial 1998 » en France.

Les enquêtes de police révélèrent l’emprise croissante des groupes islamistes dans les quartiers d’immigrés des banlieues des grandes villes où les jeunes sont les plus touchés par la crise et le chômage..

 

La culture islamique en France représente alors 3M de personnes dont 1M de nationalité française, c'est à dire que l’Islam est devenu la 2ème religion de France . Cependant les sondages révèlent une grande disparité dans la pratique religieuse . En 1994 27% de la population d’origine musulmane se déclaraient pratiquants, mais 60% ont jeûné pendant le mois de Ramadan ; 39% ont bu de l’alcool pourtant strictement interdit par le Coran ; à peine 4% ont fait le pèlerinage à La Mecque prescrit au moins une fois dans la vie de tout musulman ; 75% ne sont pas hostiles au mariage d’un de leurs enfants avec un non musulman. Si on compte 1200 lieux de prière musulmans en France, à peine une centaine sont permanents (des salles), on ne compte que 8 véritables mosquées avec des imâms permanents. La plupart ont été financées par des Pétromonarchies comme l’Arabie Saoudite. Le Ministère de l’Intérieur qui est aussi le responsable des cultes, a vainement tenté de susciter la création d’organismes musulmans suffisamment représentatifs pour être reconnus comme des interlocuteurs valables. Chirac Jacques a

Beaucoup de jeunes soumis à des vexations et privés d’emplois, notamment dans les banlieues, refusent de pratiquer « l’Islam caché » de leurs parents et revendiquent le droit de pratiquer ouvertement la religion islamique dans laquelle ils trouvent un refuge, une dignité et dont ils sont fiers car elle leur inculque des principes de rigueur morale et d’honnêteté face à ce qu’ils considèrent comme la « décadence occidentale et chrétienne ».

 

Cependant la pratique de la religion islamique ne peut être confondue avec l’adhésion à l’intégrisme islamique qui reste incontestablement le fait d’une minorité de musulmans en France.   

 

L'égalité de tous devant la loi n'étant plus respectée en décembre 2003  le président Jacques Chirac décida qu’une loi devait explicitement interdire tout signe religieux visible au nom de la laïcité. Il instaure une commission dirigée par Bernard Stasi pour la préparer.

 

Sarkozy ministre interieurAprès de nombreuses tractations  le 9 décembre 2002 Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’intérieur et des Cultes a obtenu un accord entre les trois grandes fédérations musulmanes - UOIF, Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et Mosquée de Paris pour la création de  l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) dont  les statuts furent adoptés fin 2002.

En décembre 2004 regrettant le privilège accordé jusqu'à présent à l'islam militant,  M. de Villepin, nouveau ministre de l’Intérieur voulut que  le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance encore jeune, élue en avril 2003, "trouve sa place, mais rien que sa place". Il devait se concentrer sur les  activités cultuelles et être intégré dans un Conseil représentatif des institutions musulmanes, à l'image du CRIF.

 

C/ La Commission Stasi :

En 2003-2004 la Commission Stasi est chargée de préparer une loi sur le port des signes religieux à2003 12 B Stasi remet le rapport Co Platiau AFP l’école.

Depuis 1989 les débats mettent en conflit deux principes républicains : la liberté de culte garantie par la Constitution et la laïcité à la française. C'est au nom de cette dernière que des élèves refusant d'ôter leur voile sont exclues de leur établissement et c’est au nom de la première que plusieurs tribunaux ont annulé ces exclusions.

Un Rapport au Président de la République  fut remis le 23 décembre 2003 donnant en conclusion des propositions à la fois  générales et spécifiques à l'école. Dans le domaine de l'éducation, la commission cherche à imposer un plus grand respect de la pratique religieuse et de la laïcité sans vouloir établir une hiérarchie entre les deux. La commission propose ainsi : l'enseignement accru de la laïcité et de la religion à l'école, l'intransigeance face à ceux qui veulent modifier les programmes scolaires (ex : refus de l’enseignement de l'évolution).

La Commission propose l’adoption d’une loi sur la laïcité, avec deux volets : l’un précisant les règles de fonctionnement dans les services publics et les entreprises, l’autre visant le respect de la diversité spirituelle. L’interdiction de "tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique" à l'école publique est proposée par la Commission qui fait une distinction entre signes religieux "ostensibles" à interdire (grandes croix, voile, kippa) et signes "discrets" (médailles, petites croix, étoiles de David, mains de Fatimah, petits Corans). Concernant le 2ème volet de la loi, la commission propose la création d’une école nationale d’études islamiques ainsi que l’incorporation de deux nouveaux jours fériés pour les fêtes religieuses non chrétiennes dans les écoles publiques : le Yom Kippour (fête juive) et de l'Aïd-el-Kebir (fête musulmane) afin de  diminuer l'absentéisme.

Une République confrontée aux communautarismes, une intégration en panne… Bien au-delà des seules affaires de voile islamique, voilà le constat qui ressortait des auditions publiques auxquelles a procédé la commission Stasi pendant deux mois à l’automne 2003. Les 20 «sages» ont entendu plus de 80 personnes. Ce sont les interventions de ceux qui œuvrent dans les quartiers qui ont retenu l’attention. Les plus représentés, les chefs d’établissement, ont ainsi décliné les maux de l’école : la mosaïque des communautés qui se livrent à une surenchère, une collègue d’un collège de banlieue évoquait le «racisme anti-Blanc qui les a fait fuir de son établissement.» Face à ces difficultés, l’administration a paru trop souvent laisser les enseignants bien seuls. Inspecteur de l’éducation nationale, Alain Seksig a fait son mea-culpa : «Il y a vingt ans, nous insistions sur l’expression des différences culturelles. Nous avons survalorisé les appartenances identitaires.» Au-delà de l’école, c’est l’ensemble des «territoires» de la République qui sont concernés. Pour  l’hôpital, ce fut le sombre constat dressé par les professeurs Roger Henrion et Denys Pelerin, de l’Académie de médecine, qui ont fait un état des lieux «cauchemardesque» : cantines religieuses parallèles, refus de subir des soins, circoncisions hâtives, excisions… Pour ces praticiens, une loi sur les signes religieux devrait aussi concerner l’hôpital.  Pour les municipalités le témoignage du maire de Sarcelles, François Pupponi, a révélé une situation plus nuancée du «communautarisme». Ce socialiste, à la tête d’une ville multiculturelle expliqua pourquoi il «s’interdisait, comme laïc, de juger des pratiques religieuses de ses concitoyens». Lorsqu’une association de femmes loubavitchs observe la non-mixité à la piscine, dans les horaires qui lui sont alloués, en dehors des heures du public, «c’est son problème». Son travail, qui implique des relations avec toutes les communautés religieuses, permet, selon lui, de «faire progresser l’intégration». Le président du Conseil français pour le culte musulman, Dalil Boubaker a expliqué que la laïcité est souvent perçue par les musulmans de France comme un «alibi» pour dire non : non aux cimetières, aux mosquées et, bientôt, non au voile. Le voile constitue pour lui, une «prescription religieuse» et, même si «les musulmans se soumettent aux lois de la République», «on ne légifère pas sur les rites religieux».

 

Finalement les 31 membres de la mission d'information parlementaire sur les signes religieux à l'école se sont prononcés à l'unanimité pour une disposition législative portant sur l'interdiction du port de signes religieux et politiques à l'école publique.  Un "consensus s'est dégagé pour constater qu'il n'y avait pas lieu d'appliquer cette disposition aux départements d'Alsace-Moselle compte tenu de leur régime spécifique".

 

Source : La Documentation française, Rapport 2003 au Président de la République et au Parlement

 

Le débat à l’époque :

1°) Dans les milieux politiques :

En mai 2003 l'ancien ministre (PS) de l'Education nationale Jack Lang, qui assurait, en 1995, à propos desjack-lang c jeunes filles voilées : "J'ai tellement confiance dans l'école de mon pays que je ne doute pas que ces jeunes filles finiront toutes par se soumettre à ses règles de vie", fait en 2003 son mea culpa, en expliquant à L'Express : "A l'époque, nous n'avions pas la même conscience du danger de l'islamisation extrémiste (...) Nous étions peut-être un peu naïfs."

Le président de l'UMP, Alain Juppé, a lui-même affirmé : "Il faut que le législateur prenne ses responsabilités."

Parce qu'il veut "éviter tout conflit inutile", le premier ministre Jean Pierre Raffarin Jean Pierre b c Pascal Fellonneau GetThePictureRaffarin qui s'était prononcé le 3 avril, en faveur de l'interdiction du voile "dans l'exercice du service public", estimait, le 4 mai 2003  sur Europe 1, "que la laïcité devrait être suffisamment forte pour ne pas avoir besoin de loi pour s'imposer". "Nous devons trouver une solution de sagesse", a déclaré, pour sa part, le président de la République Jacques Chirac  devant le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, reçu le 7 mai à l'Elysée. Le débat divise alors la majorité jusqu'au sein du gouvernement : le ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, est favorable à l'interdiction des signes religieux dans les écoles et les administrations ; le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, juge inutile d'envenimer les choses en votant une loi sur le sujet (il n'avait peut-être pas mesuré l'impact qu'auraient les huées qui se sont élevées, dans les rangs de l'UOIF -proche des Frères musulmans- , le 19 avril, au moment oùFERRY Luc il rappelait la loi sur l'interdiction du port d'un foulard sur les photos d'identité. Cette ferme évocation était censée contrebalancer la souplesse dont il cherchait à faire preuve sur le port du voile à l'école) et le ministre de l'Education nationale, Luc Ferry, préfère inscrire le principe de laïcité de l'école à l'occasion d'une modification, en 2004, de la loi d'orientation sur l'éducation. Ce dernier relève qu'une loi sur le foulard risquerait "d'être anticonstitutionnelle si elle allait au-delà de l'avis du Conseil d'Etat" et qu'elle se heurterait au droit européen. ). Perben DominiqueDominique Perben, le ministre de la justice, Garde des sceaux auditionné le 14 novembre 2003 par la Commission Stasi, considérait que "la laïcité républicaine n'est pas la négation du fait religieux", il a affirmé que "la liberté de l'élève s'arrête là où commencent les exigences du service public de l'éducation", précisant : "Il ne peut y avoir d'atteinte aux activités d'enseignement, au contenu des programmes ni à l'obligation d'assiduité" ; évoquant les conflits suscités par le port du voile dans l'administration judiciaire dont il avait la charge, il a indiqué s'être opposé à ce qu'une avocate prête serment voilée.

 

 

 Dharia B., une jurée de 30 ans, a été remplacée lundi 24 novembre 2003  par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, parce qu'elle s'apprêtait à siéger voilée. "J'assume cette position politique parce que c'est mon rôle en tant que ministre de la justice de faire en sorte que les règles républicaines soient respectées à l'intérieur des enceintes judiciaires", souligna Dominique Perben, le 25 novembre, sur Europe 1. Dans un communiqué publié le 24 le garde des sceaux avait précisé avoir lui-même demandé au procureur de la République de Bobigny le remplacement de cette jurée. "Lors de la constitution du jury, une jurée tirée au sort a d'abord prêté serment la tête découverte, puis a décidé, pour raisons religieuses, de siéger la tête voilée", indiquait le communiqué ministériel. "Informé de cet incident, Dominique Perben a aussitôt demandé au parquet de requérir le remplacement de cette jurée par un autre juré." Pour le ministère de la justice, "cette attitude porte en effet atteinte au principe constitutionnel de laïcité, et est contraire aux principes d'impartialité et d'indépendance consacrés par le code de procédure pénale".

La cour d'assises de Seine-Saint-Denis a suivi la demande du parquet. La jeune femme n'a pas été récusée - la récusation intervient avant la prestation de serment -, mais a été remplacée pour avoir, en portant son foulard au moment de siéger, exprimé une opinion. La cour a fondé sa décision sur la Convention européenne des droits de l'homme, la Constitution française et deux articles du code de procédure pénale. L'article 304, qui porte sur le serment des jurés, indique que le président des assises s'adresse "aux jurés debout et découverts". En outre, l'article 311 interdit aux assesseurs et aux jurés de "manifester leur opinion"..

   Dominique  Perben avait aussi souligné les difficultés éprouvées dans les prisons, où "le port du voile par les détenues est toléré". "Ce n'est plus seulement la laïcité dans l'école qui fait débat, mais la laïcité dans les services publics en général, voire dans toute la société", avait-il conclu, préconisant une "solution d'ensemble", fondée sur "l'articulation entre les principes de laïcité et d'égalité". Dans cet esprit, il a jugé le voile comme "un élément de discrimination à l'égard de la femme" et que "toute solution -au débat sur la laïcité- doit porter en son cœur l'égalité homme-femme". Il s'était dit préoccupé de "condamner le communautarisme -sans- stigmatiser aucune communauté" et a recommandé d'écarter "toute solution qui apparaîtrait discriminatoire à l'égard des musulmans", qui doivent "voir leur foi protégée dans son exercice". "Une loi sera peut-être utile, a-t-il déclaré. Mais je sais que la loi n'a pas réponse à tout. Et je sais que la loi a des limites, que l'on rencontre dans son application. La loi peut être inefficace." Il avait suggéré à la commission un "principe de précaution législative". François Fillon, le Premier Ministre s'interrogeait sur le flou qui entoure les principes républicains, lors de son audition devant la commission Stasi le 16 septembre 2003 il déclara : "Parce que la laïcité doit demeurer le principe d'organisation général du système éducatif public, je suis personnellement favorable à une législation interdisant le port ostentatoire de tout signe religieux. Je crois que les directeurs d'établissement et les enseignants ont besoin d'un cadre clair pour les épauler dans leur tâche." "Mais, a-t-il ajouté, sur ce sujet délicat, le débat est ouvert..." "En fait, le gouvernement craint de rouvrir une guerre religieuse, un débat où tout dérape, comme la gauche y avait été confrontée lors du débat sur l'école libre", juge Yves Jego. Sans doute craignait-il aussi de braquer à la fois la communauté musulmane et les électeurs du Front national, au moment où Jean-Marie Le Pen reprenait comme unique thème de campagne la lutte contre l'immigration.

      

2°) Dans les milieux beurs mais indifférents ou athées : des musulmans laïques 

Le conflit qui divise la famille de Lila et Alma, exclues de leur lycée d'Aubervilliers, à la rentrée 2003 symbolisa alors le débat français. "Je suis athée et je dénie à quiconque le droit de m'enfermer dans une religion. Pour moi, le voile est un signe d'impudeur qui attire les regards, la marque d'une revendication de l'oppression des femmes" affirmait Nadia Amiri, ancienne dirigeante de l'association France Plus, doctorante à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Fille d'un ouvrier algérien " qui faisait les 3 x 8 bien plus souvent que ses prières", elle refuse que l'islam "devienne systématiquement un mode d'expression identitaire" et soutient l'idée d'une loi interdisant tous les signes religieux dans les lieux publics. L'immense majorité des musulmans de France non seulement ne revendiquent pas le port du foulard mais considèrent les jeunes filles voilées avec des sentiments variant entre l'indifférence, la réticence et la franche hostilité. Cependant peu d’enquêtes reflétent les opinions spécifiques des musulmans, par crainte de la constitution de fichiers discriminatoires. Selon un sondage IFOP-Le Monde de septembre 2001, seuls 36 % des musulmans se disent "croyants et pratiquants", 42 % s'affirmant simplement "croyants", 16 % "d'origine musulmane" et 5 % "sans religion". La même enquête indique que 79 % des musulmans ne fréquentent pas la mosquée, mais elle ne fournit pas d'indication sur leur attitude à l'égard du foulard. Aussi les musulmans "laïques" commencent alors à s’exprimer.

A la stigmatisation du monde musulman et aux amalgames consécutifs aux attentats du 11 septembre 2001 s'est ajoutée la consécration qu'a reçue l'islam religieux avec la création, par Nicolas Sarkozy, du Conseil français du culte musulman (CFCM), les musulmans laïques ont répondu par la création du "Conseil français des musulmans laïques" par Amo Ferhati,  du "Conseil des démocrates musulmans de France" d'Abderrahmane Dahmane, proche de l'UMP – ( ce conseiller principal d'éducation dans un lycée parisien croit aux vertus du dialogue pédagogique pour éviter la présence de foulards en milieu scolaire, qu'il qualifie de"signe de faiblesse". Une loi conduirait, selon lui, à "victimiser une minorité qui n'a pas de culture républicaine". Lui qui voit dans la religion un " facteur d'équilibre" prône une "interprétation moderne du Coran", plaçant au-dessus de toutes les autres consignes le verset proclamant "nulle contrainte en religion" -) ;  de la "Convention laïque pour l'égalité des droits" de l'industriel Yazid Sabeg, du "Mouvement des musulmans laïques de France" animé par d'anciens du mouvement beur...

Figure du mouvement beur et ancienne députée européenne, Djida Tazdaït participa à la rédaction d'un appel qui qualifie le foulard islamique de "véritable étendard de l'islamisme politique". Elle se définit comme une "croyante modeste, à l'image de la majorité des musulmans", et considère la tolérance affichée par certains politiques comme une forme de "mépris postcolonial". Pourtant, à l'instar, semble-t-il, de la quasi-totalité des musulmans, "laïques" compris, elle est hostile à l'idée d'une loi prohibant le foulard, qui "jetterait de l'huile sur le feu et créerait des martyrs". Aucun droit fondamental ne peut être remis en cause par des rituels, affirme-t-elle, "sinon, la République va nous éclater à la figure". Mais l'arsenal juridique existant lui semble suffisant "à condition que l'on n'y déroge pas à chaque fois que surgit un obstacle".

La nébuleuse des musulmans "laïques" s'est organisée autour de personnalités, d'appels et d'apparitions médiatiques. Elle a multiplié en 2003 les congrès, forums et consultations, mais  son audience réelle restait difficile à évaluer. Les animateurs de cette mouvance sont des beurs qui supportent mal de voir des religieux aujourd'hui légitimés par les hautes sphères de l'Etat. " Ils prennent une sorte de revanche sur le monde politique, et en particulier sur les socialistes, qu'ils accusent d'avoir favorisé l'islam. Mais la mouvance laïque est loin d'avoir la capacité de mobiliser certains jeunes qu'ont acquise les associations musulmanes", estime Vincent Geisser. Ce sociologue au CNRS à Aix-en-Provence constate une "convergence"entre ces militants beurs et des intellectuels exilés en France qui vivent la revendication du foulard comme un écho aux persécutions subies dans leur pays d'origine. "En fait, beaucoup des "musulmans anti-foulard" sont athées sans pouvoir le dire, analyse la sociologue Nacira Guénif, professeur à l'université Paris-Nord, parce que le regard des autres continue de les désigner comme "musulmans" et fait exister la "communauté musulmane" comme espace de jugement." Pour elle ce cliché du "musulman" s'inscrit dans une filiation historique, succédant aux figures de l'"indigène" et de l'" immigré".

Hostiles au foulard à l'école, ces observateurs aux visions très diverses se rejoignaient pour recommander d'autres stratégies pour sortir d'un débat surmédiatisé et politiquement instrumentalisé. Le renouveau de l'enseignement de l'histoire coloniale et postcoloniale, pourrait permettre aux élèves d'origine musulmane de s'inscrire dans l'histoire française et d'y valoriser le rôle des musulmans. L'intégration d'une histoire plurielle des faits religieux dans les programmes est aussi recommandée par certains. Mais les "affaires de foulard" soulèvent surtout la revendication d'un renouvellement des formes de dialogue et de la vie démocratique dans les établissements scolaires.   D’après Philippe Bernard - LE MONDE 14 octobre  2003)

 

3°) Dans les associations de défense des droits de l'homme :

Comme l’a rappelé devant la commission Stasi Patrick Gaubert, président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) : «Si on est là, c’est parce qu’il y a eu des problèmes de voiles, pas des problèmes de croix.» Une loi, selon lui, aboutirait donc à «stigmatiser toute la partie musulmane de la population française».  Comme la Licra, le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), la Ligue des Droits de l’Homme ou encore SOS-Racisme ne cachent pas leur malaise face à une éventuelle législation. «Une loi serait un bulldozer pour s’attaquer à des mouches», a ainsi lancé Moulmoud Aounit, secrétaire général du Mrap. Elle aurait «des conséquences dramatiques», explique pour sa part Fadela Amara, animatrice du collectif «Ni putes ni soumises». Oui, renchérit Dominique Sopo, il faut bannir de l’école le voile pour «protéger celles qui ne le portent pas». Mais le président de SOS-Racisme préfère en passer par «des circulaires» et s’inquiète du caractère solennel de la loi. «Parfois, a-t-il mis en garde, derrière la laïcité, il y a des considérations un peu moins nobles et la laïcité, dans ce cas-là, ça veut dire : J’aime pas les Noirs et les Arabes.»

Pour les opposants comme pour les adversaires d’une loi, la question du voile cristallise désormais toutes les passions. Comme le disait le sociologue Alain Touraine, membre de la commission Stasi : «Même si on est contre la loi, on voit bien qu’on n’échappera pas à un geste fort. On nous demande un geste fort.»

Un geste ou une loi ? Toute la question était là.

 

Début novembre 2003, un sondage du Figaro Magazine montrait la préférence des Français : 55 % se disent en faveur d’une loi interdisant le port de signes religieux à l’école, 40 % se prononcent contre.

"1 256 jeunes filles voilées, 20 cas difficiles et 4 exclusions": le 20 novembre 2003, le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, avançait une première estimation. Elle-ci apparaissait largement sous-évaluée car la grande majorité des cas, réglés sans conflit, ne sont pas recensés. Six élèves voilées ont été écartées d'établissements scolaires depuis la dernière rentrée. Trois d'entre elles ont été exclues par décision du conseil de discipline  : les sœurs Lévy d'un lycée d'Aubervilliers en Seine-Saint-Denis et Hilal  N., d'un collège de Thann dans le Haut-Rhin (Le Monde du 29  novembre). Dans les trois autres cas, les parents ont décidé de retirer leur fille devant les pressions de l'institution scolaire  : au lycée Voltaire d'Orléans (Loiret), au lycée Marie-de-Champagne de Troyes et à l'école d'Avant-lès-Marcilly (Aube).

 

 

Octobre 2003 : Arrêts sur image  (D’après Xavier Ternisien- LE MONDE 14 octobre  2003)

 

§ Hilal vient d'entrer en sixième. Elle a 11 ans et demi, un visage rond et potelé, entouré par un foulard imprimé noir et beige. Sur des feuilles volantes, arrachées à un cahier d'écolier, elle a raconté sa première rentrée au collège de Thann (Haut-Rhin), dans un style approximatif. "Mardi 2 septembre. La rentrée. Je suis musulmane. Je mets le foulard car j'aurai bientôt 12 ans. Nous sommes à la cour et chacun à leur tour, les élèves sont appelés dans le rang par le principal. Avant que j'étais appelée, Monsieur B. a regardé déjà à nous bizarrement..."  Les parents d'Hilal ont rassemblé dans un dossier les pages de ce journal, ainsi que les courriers qu'ils ont reçus du principal et ceux qu'ils lui ont envoyés. Leur fille a été exclue le 29 septembre 2003, quatre semaines après la rentrée. Elle ne voulait pas retirer son foulard. Le principal a invoqué le règlement du collège. On y trouve l'article suivant : "Le port d'un couvre-chef, le chewing-gum sont interdits dans l'établissement." La mère se lamente : "Le principal considère le foulard comme un couvre-chef. Mais ce n'est pas un couvre-chef. C'est notre religion..." Les parents sont turcs, mais ils parlent français avec l'accent traînant de la région, presque un accent suisse. La mère est en France depuis vingt ans, le père depuis quinze. Inlassablement, ils répètent leurs arguments : "Nous, on a toujours respecté les lois, on n'est jamais allés au commissariat, insiste le père, entrepreneur en bâtiment. On dérange personne." "On ne va pas changer notre façon de vivre pour le principal, renchérit la mère. Notre fille ne manque pas de respect à ses professeurs. Elle suit tous ses cours. Si le principal allait en Turquie, on ne lui demanderait pas de se convertir à l'islam !" Sur les conseils d'une amie, la mère a fait appel au Dr Abdallah Milcent, un médecin de Strasbourg converti à l'islam, qui défend les jeunes filles voilées. Il doit lui envoyer par courrier son livre, intitulé : Le Foulard islamique et la République française : mode d'emploi. La famille est décidée à se battre, devant les tribunaux s'il le faut. "On va trouver une solution pour elle, dit le père. Elle peut faire l'école par correspondance." Les parents affirment qu'ils n'ont jamais obligé leur fille. Simplement, pour eux, le foulard c'est l'islam : "Ce n'est pas une question de choix. Une femme musulmane est voilée." Ont-ils seulement consulté l'imam de la mosquée pour lui demander un avis autorisé ? La mère répond : "Pas besoin. On sait déjà. En turc, il y a un proverbe qui dit : "L'imam, c'est le Coran." Le Coran est à la maison, il n'y a pas à chercher ailleurs. C'est écrit dedans."  Plus tard, Hilal aimerait être médecin ou infirmière. Elle explique qu'elle est tout à fait libre : "Mes parents m'ont proposé de mettre le foulard plus tôt. J'ai dit non, parce que je n'étais pas prête. A 11 ans, j'ai dit oui, parce que j'avais le courage. Le jour de la rentrée, plusieurs filles ont retiré le foulard. Elles avaient peur. Elles m'ont dit qu'elles admiraient mon courage. Il paraît que mon professeur principal a dit : "Si on la laisse faire, il y en aura cinquante.""

 

§ Leïla -le prénom a été changé- a 16 ans et porte le foulard depuis trois mois. Par les fenêtres de l'appartement où vit sa famille, on voit d'autres fenêtres, celles de l'immeuble d'en face. La verdure est rare dans cette cité d'Aubervilliers. Le principal ornement du salon est un grand buffet bibliothèque. On aperçoit sur les rayonnages des livres à succès : Les oiseaux se cachent pour mourir, de Colleen McCullough, Jamais sans ma fille, de Betty Mahmoody, mais aussi Les Nuits fauves, de Cyril Collard. La lycéenne et sa mère ont une conversation animée :

"- Tu es trop jeune pour porter le foulard. Moi, j'ai voyagé, j'ai vécu ma vie. Je trouve ça dommage pour toi, ma fille !

- Arrête, maman, je peux voyager avec un foulard. Je peux aller à la plage. Je ne sais pas si je peux me baigner...

- De toute façon, tu n'es pas une fille à te laisser faire. Tu n'es pas soumise.

- Je suis soumise à Dieu.

- Tu dis Dieu ! Mais Dieu, il ne te dit pas d'obéir à tes parents ?"

La jeune fille tient tête à sa mère qui n’hésite pas à dire: "Moi, je suis marocaine, de Rabat. Ma langue maternelle, c'est le français. J'ai mangé du porc. Il y a deux ans encore, on fêtait Noël à la maison. Je ne sais même pas préparer le thé à la menthe, c'est dire ! Depuis un an, je porte le foulard. Après une maladie. Mais un foulard discret, pas comme ma fille !" Sa mère se moque de son fichu : "Au Maroc, c'était bon pour les bonnes ! C'est sa tante qui lui a ramené ses foulards blancs. Moi, je lui achète des bandanas. Elle ne veut pas les mettre ».  Le père de la jeune fille, qui est algérien, ne supporte pas non plus cette nouvelle lubie. Il menace de déchirer tous les foulards et de les jeter à la poubelle.

Leïla, la tête couverte du fameux petit fichu blanc, entouré d'un voile noir, persiste dans ses positions : « c'est mon choix, comme dans l'émission à la télévision. J'ai toujours été intéressée par ma religion. Souviens-toi, quand j'étais petite, je posais tout le temps des questions." Dans la cité, elle a rencontré une femme pieuse, voilée, qui lui a prêté des livres. Des opuscules pour apprendre à faire la prière. Un ouvrage intitulé Le Hidjab et la femme musulmane, par le Dr Hassan Amdouni. Toute une littérature traduite en français et éditée au Liban ou en Arabie saoudite. Ce sont ces lectures qui l'ont amenée à décider de porter le foulard. Leïla ne lit pas l'arabe. Sa mère lui a écrit phonétiquement la prononciation de quelques sourates. La jeune musulmane fréquente la mosquée de l'UOIF, à La Courneuve. Elle lit un passage du Coran en français tous les soirs. Elle trouve que "l'islam est la plus belle des religions" : "Tout ce qui nous est interdit, c'est pour notre bien. Comme l'alcool, qui est mauvais pour la santé. Le voile, c'est pareil : une femme voilée, on lui accorde plus de respect dans la rue. On ne l'embête pas. De toute façon, il ne faut pas porter le voile juste par obligation. Sinon, ce n'est pas la peine. L'essentiel, c'est dans le cœur." La mère intervient : "Tu es dans le pays qui a accueilli tes parents. Tu lui dois le respect !" La fille en appelle à la liberté individuelle : "Chacun fait ce qu'il veut, du moment qu'il se sent bien. Ceux qui ne veulent pas me voir, ils ne me regardent pas." Leïla qui est en première, a fait sa rentrée avec le foulard. Avant d'entrer au lycée, elle ôte son voile noir et garde le petit fichu blanc, serré autour de ses cheveux. Le proviseur n'était pas d'accord au début. Puis il a accepté le petit foulard. Sa mère a décroché son téléphone et appelé l'UOIF, à La Courneuve, en demandant à parler à l'imam. "Ils m'ont répondu : si le proviseur demande d'enlever le foulard, il faut que votre fille l'enlève", se félicite-t-elle.  Au lycée, deux filles entièrement voilées ont été exclues. Leïla les admire : "Elles sont belles, on dirait des anges !"

 

Références sur le Web :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Voile_islamique_en_France#La_loi_sur_le_port_de_signes_religieux_ostensibles_.28mars_2004.29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_fran%C3%A7aise_sur_les_signes_religieux_dans_les_%C3%A9coles_publiques

La Circulaire Bayrou de 1994 :

http://www.crdp-nice.net/editions/supplements/2-86629-399-1/F6_4_CircBayrou.pdf

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/laicite/laicite-ecole.shtml

 

 

Par Hgsavinagiac - Publié dans : Géopolitique des civilisations - Communauté : GEOPOLITIQUES MONDIALES
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