La destruction des Bouddhas géants de Bâmiyân en Afghanistan par les talibans afghans le 1er mars 2001 a
été considérée internationalement comme un acte de vandalisme. Le mot vandalisme a été inventé par l’Abbé
Grégoire, (voir note) député du clergé lorrain aux états généraux puis évêque constitutionnel de Blois, dans un rapport présenté à la
Convention nationale le 14 fructidor an III (31 août 1794). Le vandalisme révolutionnaire français fut marqué par la destruction de tout ce qui portait l'empreinte du royalisme et de la féodalité : incendie des bibliothèques et des terriers
compilant les droits féodaux ; saccage des tombes royales de Saint-Denis; pillage de châteaux et d’églises où on brûle statues et tableaux.
La vidéo sur Ina.fr :
http://www.ina.fr/video/I00010026/les-bouddhas-de-bamyan.fr.html
§ On pourrait multiplier les exemples à l’infini :
Polyeucte (Polyeuktos), martyr chrétien sous l'empereur Dèce, en 249 de notre ère, à Melitène en Turquie
(aujourd'hui: Malataya). D'origine arménienne, cet officier romain, gendre du gouverneur romain Felix à la suite de son mariage avec Pauline, la fille du gouverneur,
fraîchement converti au christianisme, avait été convié à assister à un sacrifice offert aux dieux de l'Olympe; il en profita pour renverser les
idoles et proclamer sa foi. L'acte fit scandale; Polyeucte fut condamné à mort et exécuté. Il est fêté le 9 janvier. En 1643 Pierre CORNEILLE lui consacra une
tragédie en 5 actes et en vers. Voltaire, dans son Traité sur la Tolérance,1763, chap. IX: Des
martyrs écrit : "Considérons le martyre de saint Polyeucte. Le condamna-t-on pour sa religion seule? Il va dans le temple, où l'on rend aux dieux des actions de grâces pour la
victoire de l'empereur Dèce; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues: quel est le pays au monde où l'on pardonnerait un pareil attentat?
..."
§ Lorsqu'en 496 Clovis roi des
Francs, premier roi de notre histoire, se fit baptiser chrétien à Reims, "avec trois mille de ses guerriers", l'évêque Saint Rémi lui dit ces paroles fameuses,
rapportées par Grégoire de Tours et reprises par Michelet: "Courbe-toi, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé".
"Adore ce que tu as brûlé" se rapporte aux églises et abbayes chrétiennes que les Francs pillaient régulièrement. "Brûle ce que tu as adoré" se
rapporte, en revanche, audieu ngaulois Cernunos, le "dieu de la richesse et de l'abondance", représenté généralement - nous disent les archéologues - "assis les
jambes croisées ". Cernunos, nous rapporte Jules César dans ses "Commentaires sur la Gaule" (Ier s. av. J-C.), "était
le dieu le plus vénéré des Gaulois" (VI, 17). Dans les fondations de Notre-Dame de Paris, on a retrouvé une large pierre sur laquelle était gravé le nom
"Cernunos". Elle est conservée au musée de Cluny. Comme la plupart des églises de France, Notre-Dame de Paris fut construite sur l'emplacement d'un temple
gaulois."
§ On pourrait aussi évoquer les destructions des monuments précolombiens à l’époque
des Conquistadores ou des statues africaines du temps de la colonisation
.
§ Au 16ème S. les Guerres de religion virent lors des affrontements entre huguenots et papistes le saccage de
nombreuses églises et abbaye : abbayes bénédictines de Caen; à Bayeux, mise à sac des édifices religieux….Plus tard en 1710 Louis XIV décida de raser l'abbaye de
Port-Royal-des-Champs, cœur du Jansénisme.
AINSI la destruction des œuvres
religieuses s'est pratiquée en tous temps et sous toutes les latitudes, il s’agit de faire en sorte que d'autres destructions du patrimoine mondial
ne s'ajoutent pas à celles déjà irrémédiablement réalisées.
I – LE SITE DE BÂMIYÂN EN AFGHANISTAN
La vallée des Bouddhas
géants : La vallée de Bâmiyân s’étend au cœur des montagnes de l’Hindou Kouch, à 2500 m d’altitude et à près de 250
kilomètres au nord-ouest de Kaboul, dans l'actuel Afghanistan. Durant les
premiers siècles de notre
ère, d’interminables caravanes de chameaux chargés de produits de luxe cheminaient le long de la Route de la Soie, en traversant cette vallée. Plus tard, des moines bouddhistes se joignirent à ces
caravanes, faisant éclore a partir du 2ème S. un grand centre religieux à Bâmiyân. Au contact entre la Chine, l’Inde et le monde gréco-romain
par la Route de la soie, Bâmiyân se développa comme un centre religieux et philosophique comportant plusieurs monastères bouddhistes et un lieu de rencontre
entre l'orient et l'occident où s'élaborèrent de nouvelles formes d’art gréco-bouddhique dont on percevait l’influence
dans les statues détruites. La vallée accueillait moines et ermites qui résidaient dans de petites cavernes creusées dans la paroi des falaises. On y trouvait de
nombreuses statues de bouddhas debout ou assis creusés dans des niches de la falaise et les cavernes comportaient des peintures à fresque raffinées et très colorées produites par les moines.
En l’an 400, le pèlerin Fa
Hsien, arrivant de Chine, décrivit une somptueuse assemblée de moines, venus à Bâmiyân en si grand nombre qu’ils
étaient « tels des nuées ». Le pèlerin bouddhiste chinois Xuanzang qui traversa la vallée en 632, l'année
même de la mort de Mahomet, décrit la vallée de Bâmiyân comme un centre bouddhiste en plein épanouissement « comptant plus de dix monastères et plus de mille moines » et
indique que les deux Bouddhas géants « sont décorés d'or et de bijoux fins ».
Les plus grandes merveilles de Bâmiyân étaient deux Bouddhas monumentaux. Les statues du Bouddha
datant probablement des 4ème ou 5ème siècles, taillés à même le grès d’une falaise surplombant la ville par le nord, ont dominé pendant 15
siècles la vallée. Les détails avaient été modelés dans un mélange de boue et de paille puis enduits de stuc( = enduit de revêtement mural imitant le marbre composé de plâtre fin, d’eau, de colle et de poussières de marbre ou de
craie). Cet enduit avait pratiquement disparu depuis longtemps, il était peint pour améliorer le rendu
des expressions des visages, des mains et du drapé des robes. Les parties inférieures des bras des statues étaient faites du même mélange étaient soutenues par des armatures en bois. On pense que les parties supérieures des visages étaient constituées de grands masques en bois ou en métal. Les alignements de trous que l'on
peut remarquer sur les photographies accueillaient des chevilles en bois servant à stabiliser la couverture de stuc.
La plus petite des deux statues, intitulée "Shamana" (reine mère) et haute de 35 mètres, a été taillée dans la roche friable d'une falaise de plus d'un kilomètre de long. Colorée de
bleu et avec sa tête dorée, elle devait probablement représenter le Bouddha Sakyamuni. C'est une cinquantaine d'années plus tard que
fut édifiée la plus grande des deux statues, le Bouddha "Salsal" ("la lumière éclaire l'Univers"). Avec ses 55 mètres de haut, elle était la plus grande statue du Bouddha au monde.Entre ces statues, et tout
autour, un labyrinthe de cellules de moines et de sanctuaires avait été soigneusement creusé dans la pierre. Les plafonds et murs étaient lissés au torchis et recouverts de
peintures figurant des scènes édifiantes pour la plupart réalisées au 7ème s.
Le site était connu en Occident depuis le 19ème S. comme le montre cette gravure ancienne :
Parmi les sites archéologiques majeurs de l'Afghanistan : celui de l'ancienne Bactrian, au
nord-est du pays (2ème et 3ème siècles av. J.C.) et le site de Hadda, à l'est, dans la région de Jalalabad, très riche en statues
gréco-bouddhiques modelées en stuc et en argile, trouvées dans les monastères. Le musée de Kaboul renferme environ 6 000 pièces d'art bouddhique
§ La rencontre du bouddhisme et de l’islam ne provoqua pas immédiatement le déclin
des monastères de Bâmiyân. Bien que les chefs locaux eussent embrassé la religion musulmane au 8ème siècle, le bouddhisme et l’islam coexistèrent encore
pendant une bonne centaine d’années. Au 9ème siècle le bouddhisme avait disparu de la vallée, au profit de l’islam après que Mahmûd de Ghaznî ait fait la
conquête de l'Afghanistan, cependant les bouddhas et les fresques des niches et des cavernes échappèrent à la destruction. Cependant, par la suite, les statues furent les victimes des
iconoclastes musulmans et les visages finirent par disparaître. Le visage du grand Bouddha a sans doute été détruit par l'Islam au 8ème s, il y a 12 siècles, et ses
jambes au 18ème siècle par les canons du Persan Nadir Shah. La ville de Bâmiyân fut détruite par les Mongols de Gengis Khan en 1222.
Le site apparaissait ainsi en 1963



Depuis la fin du 7ème s. les musulmans détruisent les idoles [à commencer par celles qui se trouvaient à l'intérieur de la mosquée Makkah Al Moukarramah (La Mecque), prise
d'assaut par Mahomet en 630 ap. J.-Chr.]... L'islam traditionnel interdit aussi la reproduction du visage humain, l'homme ne devant pas rivaliser avec l'œuvre du Créateur. Dans le quotidien ”Le Monde”, Gérard Fussman, professeur au Collège de France rappelle que ”les œuvres d'art qui
subsistaient en Afghanistan ont dû leur survie soit au fait qu'elles étaient enterrées, soit à la protection armée donnée par le gouvernement afghan quand celui-ci se voulait éclairé (de 1922 à
1990). Dès que le gouvernement afghan était affaibli, et plus encore maintenant qu'il est fondamentaliste [si l'on peut encore parler de gouvernement], les œuvres d'art accessibles étaient
détruites.”
II –DESTRUCTION DES BOUDDHAS DE BÂMIYÂN PAR LES TALIBANS:MARS 2001
§ Le 26 février 2001, le mollah Mohhamad Omar (émir et et chef suprême des taliban) a ordonné, par
décret des responsables de l'Emirat islamique d'Afghanistan – nom officiel du régime afghan d’alors -, la destruction
de toute la statuaire en Afghanistan, notamment les statues bouddhiques, pour "prévenir" un retour de "l'idolâtrie" préislamique. Le mollah Omar a ajouté que le
problème de la destruction des statues bouddhistes "avait été discuté dans tous ses aspects à un niveau national par les ulémas [théologiens musulmans], les juges et les ministres" de
l’actuel régime afghan.
"Sur la base de consultations juridiques menées par l'émir de l'Emirat islamique d'Afghanistan et d'un
arrêt de la Cour suprême afghane, toutes les statues situées dans les différentes régions du pays doivent être détruites.
"Ces statues ont été utilisées
auparavant comme des idoles et des divinités par les incroyants qui leur rendaient un culte.
"Aujourd'hui, ces statues sont respectées et
peuvent redevenir des idoles dans l'avenir alors que seul Dieu, le tout puissant, doit être vénéré et toutes les fausses divinités doivent être annihilées.
"En conséquence, l'Emirat islamique d'Afghanistan
a chargé le ministère pour la promotion de la vertu et de la lutte contre le vice et le ministère de l'information et de la culture d'appliquer la décision des religieux et de la Cour suprême,
et de détruire toutes les statues, de façon à ce qu'à l'avenir personne ne leur rende de culte ni ne les respecte."
§ Ce décret du mollah Omar contredisait un de ses précédents décrets de juillet 1999, dans lequel
il donnait l'ordre de préserver l'héritage historique afghan, en particulier les deux bouddhas de Bamiyan, et affirmait: "Tout l'héritage culturel historique de l'Afghanistan fait partie
intégrante de l'héritage afghan et appartient donc à l'Afghanistan, mais aussi naturellement à la communauté internationale. Toute fouille, tout commerce d'objets est strictement interdit et sera
puni par la loi." Dans un paragraphe spécifique aux bouddhas de Bamiyan, le texte précisait: "Les fameuses statues bouddhistes de Bamiyan ont été sculptées avant l'avènement de l'islam
en Afghanistan. Il n'y a plus de bouddhistes en Afghanistan pour les révérer. Depuis l'avènement de l'islam jusqu'à maintenant, ces statues n'ont pas été abîmées. Le gouvernement les considère
avec le plus grand respect, et elles doivent bénéficier aujourd'hui de la même protection qu'avant. Le gouvernement estime d'autre part que ces statues sont un exemple d'une source de revenus
majeurs venant de visiteurs internationaux. [...] Le gouvernement taliban déclare que Bamiyan ne doit pas être détruit mais protégé."
Le revirement du "gouvernement taliban", selon Françoise Chipaux dans "Le Monde" [13 et 17 mars
2001] "semble s'inscrire dans la lutte qui oppose au sein des talibans les durs aux plus "modérés" ou plutôt plus ouverts, qui ont compris que les talibans devaient quelque peu composer avec
la communauté internationale". Le décret ordonnant la destruction de l'art préislamique du pays a été pris à la suite une décision des ulémas et sous la pression des durs
auxquels le mollah Omar a cédé, "sans doute, ajoute la journaliste du "Monde", pour éviter un plus grand clivage entre deux groupes aux visions de plus en plus divergentes sur la
façon de conduire l'Afghanistan".
Les Talibans, les "étudiants en théologie",
affirmaient avoir fait de leur pays – dévasté par plus de 20 ans de guerre - le "plus pur" Etat islamique du monde. Les talibans pratiquent un islam rigoureux,
inspiré du wahhabisme saoudien, pays dans lequel beaucoup de statues ont été aussi détruites.
§ Le Pakistan, principal allié des extrémistes afghans, a critiqué cette décision et demandé aux talibans "de prendre des mesures pour protéger totalement les monuments
historiques, les sites et les chefs-d'œuvre de l'Afghanistan qui font partie du patrimoine mondial". L'Afghanistan, qui a été
un grand centre bouddhiste avant la conquête musulmane, abrite de nombreuses statues de l'art bouddhique pré-islamique, édifiées par les bouddhistes de Chine et
d'Inde qui traversaient le pays.
§ Le 27 février 2001 à New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi
Annan, lance un "appel urgent" aux talibans "pour qu'ils fassent tout ce qui est en pouvoir pour assurer la préservation des vestiges uniques et irremplaçables du riche
héritage de l'Afghanistan – musulmans comme prémusulmans". Il rappelle que L'assemblée générale de l'Onu a, à plusieurs reprises, appelé "toutes les parties afghanes à protéger les vestiges
et monuments culturels et historiques qui font partie de l'héritage commun de l'humanité".
§ Le 28 février à Kaboul, les talibans affirment que
leur décision est irréversible. Le 1er mars selon un officiel taliban, cité par l'agence
Afghan Islamic Press (AIP), les bouddhas géants de Bamiyan ont été "attaqué" par des tirs de barrage aux chars, roquettes et armes automatiques. Les talibans,
qui auraient agi "de leur propre initiative", "ont commencé à tirer avec des blindés, des lance-roquettes anti-chars et avec toutes les armes qu'ils avaient sous la main". Cet officiel
annonce que les bouddhas vont être dynamités - car "il n'y avait pas d'autre moyen"-, probablement le vendredi 2 mars, jour de la prière des musulmans. Il
précise que les talibans ont massé des explosifs dans les niches dans lesquelles sont creusés les bouddhas.
§ A Paris, le 1er mars, au siège de l'Unesco, Koïchiro Matsuura,
affirme que "les mots lui manquaient pour décrire de manière juste (ses) sentiments de consternation et d'impuissance" face aux "irréparables dommages en train d'être commis contre
l'héritage culturel exceptionnel de l'Afghanistan". Il estime qu’"En
Afghanistan, on détruit des statues que le monde entier considère comme des chefs-d'œuvre. Et cela au nom d'une interprétation de la religion qui n'a cours nulle part ailleurs. Cet
acharnement iconoclaste me choque, comme il choque tous ceux qui ont de l'homme, mais aussi de la religion, une vision empreinte de dignité, de respect et de tolérance. En
perpétrant ces actes de vandalisme, les taliban ne font progresser ni l'Afghanistan ni l'Islam".

§ Le 2 mars au Caire (Egypte), un grand religieux musulman égyptien, le mufti Sheikh Nasr Farid
Wassel, demande aux taliban "d'agir avec retenue" et de "peser les opinions des experts sans fanatisme ou précipitation". Le groupe des pays arabes auprès de l'Unesco, comprenant
les 22 Etats membres de la Ligue arabe - dont l'Arabie Saoudite et la Ligue arabe -, condamne "ces actes sauvages", qualifie l'attitude de Kaboul de "barbare"
et exige "une mobilisation internationale autour d'actions concrètes, afin de mettre un terme à cette entreprise sans précédent, qui affecte des trésors inestimables du patrimoine
universel".
§ Le 9 mars les Etats de la région d’Asie-Pacifique adoptent une déclaration de soutien aux actions
entreprises par l’Unesco, notamment la création d’un Fonds spécial pour la préservation du patrimoine afghan et lui demandent d’“ examiner avec attention les propositions constructives et les
efforts déployés par plusieurs pays de la région pour assurer la sécurité et la préservation des éléments du patrimoine culturel d’Afghanistan, y compris par leur re-localisation temporaire
”.
§ Le directeur
général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), Koïchiro Matsuura, a confirmé, le 12 mars 2001, que la majeure
partie des deux bouddhas géants de Bamiyan, dans le centre de l’Afghanistan, avaient été détruits, probablement les 8 et 9 mars, à l’explosif. Les talibans [”étudiants en théologie”] n’ont tenu
compte ni des protestations de la communauté internationale, ni des interventions des plus hautes autorités de l’islam. Koïchiro Matsuura a qualifié ces
démolitions de “crime contre la culture” et de ”destruction, froidement calculée, de biens culturels qui constituaient la patrimoine du peuple afghan, et, au-delà, celui de l’humanité toute
entière”. Aux Etats-Unis, le 12 mars, la chaîne américaine CNN diffuse en photo en couleur, ”prise par un Afghan sur place”, de la destruction du
plus grands des deux bouddhas. La photo montre une épaisse fumée sur la falaise, mais pas de détails de la statue ou des statues détruites. A Doha (Emirat arabe du Qatar), la chaîne de télévision al-Jazira diffuse le 19 mars des
images de la destruction par les taliban d'un des deux bouddhas de Bamiyan - les images auraient été tournées après la fête musulmane d'al-Adha, qui s'est achevée le 9
mars.Les images montrent le dynamitage de la plus petite statue de 38 mètres de haut, sculptée dans une
falaise dans la ville de Bamiyan. L’Agence France-Presse rapporte que ”le film commence avec un plan de quelque secondes montrant la statue avant sa destruction, suivi d'une
énorme explosion. Une épaisse fumée noire se dégage du site dynamité et des cris d'Allah Akbar (Dieu est le plus grand) sont entendus hors champ. »
§ A Kaboul, le 22 mars des responsables talibans ouvrent les portes du Musée de Kaboul, dont
les statues préislamiques ont disparu, aux journalistes étrangers. ”Retourné au silence des ruines qui l’entourent, le musée de Kaboul ne retrouvera plus jamais sa splendeur. Une
partie de l’histoire de l’humanité a disparu”, écrit Françoise Chipaux dans ””Le Monde” [24.03.2001].Le
musée abritait, selon Nancy Dupré, coauteur d’un livre sur le musée en 1974, ”l’une des plus belles collection d’art préhistorique, classique, bouddhique, hindou et islamique de cinquante
millénaires d’histoire de l’humanité”.
§ Le 26 mars une vingtaine de
journalistes étrangers, amenés à Bamiyan à bord d’un vieil avion à hélice de la compagnie gouvernementale Ariana Airlines, témoignent de la destruction des bouddhas géants. Des
deux bouddhas sculptés dans la falaise de Bamiyan, "presque complètement détruits par les talibans", il ne reste, selon les journalistes, qu’un ”tas de roches et de débris”.
Selon le témoignage du correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) à Kaboul, ”il ne reste rien
de la plus grande statue qui mesurait 55 mètres de haut, tandis que ne subsistent qu'une partie de l'épaule droite et de la robe de la plus petite statue qui mesurait 38 mètres de haut. Les
responsables talibans ont affirmé qu'à coup de dynamite, de roquettes et de canons de blindés, une vingtaine de jours avaient été nécessaires pour réduire à l'état de gravats ces statues
sculptées dans la falaise entre le 2ème et le 5ème siècle".
§ Abdul Salam Zaïf, qui était
l'ambassadeur du régime taliban au Pakistan, raconte que le Japon est le pays qui a le plus fait pression pour tenter d'empêcher la démolition des statues géantes, vieilles de
1500 ans, qui ont finalement été détruites en 2001. Une délégation officielle japonaise accompagnée d'un groupe de bouddhistes sri-lankais a proposé de déplacer les statues en les
démontant et en les reconstruisant pièce par pièce à l'étranger, écrit Abdul Salam Zaïf dans son autobiographie parue aux Etats-Unis en 2010
sous le titre "My life with the taliban" ("Ma vie avec les talibans").
"Ils ont aussi proposé de recouvrir les statues de la tête aux pieds pour que personne ne se rende compte
qu'elles étaient là tout en les préservant", raconte l'auteur.
Les Japonais ont expliqué aux Afghans que leurs ancêtres étaient les pères fondateurs de la religion bouddhiste et
qu'ils devaient conserver leur patrimoine, relate-t-il. "Puisqu'ils nous voyaient comme leurs pères fondateurs et qu'ils nous avaient déjà imités par le passé, je leur ai demandé pourquoi ils
ne nous avaient pas suivis à nouveau lorsque nous avions trouvé la religion vraie", l'islam, raconte l'auteur qui invita donc les Japonais à se convertir à l’Islam..
http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-quand-le-japon-tentait-de-sauver-les-bouddhas-d-afghanistan-des-talibans-7522.asp?1=1
Bien que les statues soient presque totalement détruites, leurs contours et quelques parties sont encore reconnaissables dans les cavités.
III – APRES LA DESTRUCTION DES BOUDDHAS DE BÂMIYÂN :
§ Le directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a dénoncé l’abomination que représente cette destruction froide et calculée de biens culturels qui faisaient partie
intégrante du patrimoine, non seulement des Afghans mais du monde entier. « Les Bouddhas de Bâmiyân ne figuraient pas sur la Liste du patrimoine mondial mais auraient mérité d’y être inscrits
et leur destruction constitue un véritable délit culturel. Cette perte est irréparable », avait-t-il commenté. A Paris, le 27 mars 2001,
Koïchiro Matsuura, annonce que : l’Unesco est décidée à poursuivre sa mobilisation en faveur du patrimoine afghan malgré la
destruction des bouddhas de Bamiyan par les talibans. La sauvegarde du reste du patrimoine afghan, tant islamique que pré-islamique, le maintien du dialogue et l’approfondissement des arguments
d’ordre religieux favorables à la protection du patrimoine, un travail normatif sur le concept de crime culturel sont, souligne-t-il, les grands axes de l’action à venir.
§ L’hypothèse d’une reconstruction des deux Bouddhas géants détruits était très controversée. Mais tout le monde s’accorde à dire que les falaises de Bâmiyân et ses 600 grottes,
avec les restes des peintures murales qui les ornent,
doivent être préservées et
restaurées. Finalement les experts internationaux et les nouvelles autorités afghanes, réunis à Kaboul le 29 mai 2002 par l'Unesco ont décidé de ne pas reconstruire les deux grandes statues monumentales. Pourtant le 17 mai, le Vénérable Hsintao, fondateur du «Musée des Religions
du monde » de Taipei (Taïwan), proposait un don de 143.000 euros pour financer de tels travaux. L'Unesco a préféré proposer aux autorités afghanes un projet plus global de
conservation du patrimoine, incluant de nombreux monuments islamiques anciens. En effet au cours des 25 ans de guerre qui ont décimé le pays, le site de
Bâmiyân a été largement pillé, les fresques qui ornaient les niches et les grottes adjacentes volontairement défigurées ou volées pour être
vendues à des collectionneurs étrangers, et, sous le coup de grâce porté par les Taliban, ce sont les falaises même qui menacent de s'effondrer en partie. « La
reconstruction n'a pas été estimée prioritaire, a déclaré une responsable de l'organisation internationale à l'AFP. En revanche, un projet de consolidation des falaises, fragilisées après le
dynamitage des statues, et des fouilles sur le site d'un troisième Bouddha vont bientôt débuter. »
§ Celle-ci représenterait un Bouddha couché, en
parinirvâna, et mesurerait pas moins de 300 mètres de long ! Le philosophe Bernard-Henri Lévy s'en était fait l'écho, lors de son séjour
à Kaboul en mars... Les archéologues sont persuadés que Ya-koub ben Laïth, le premier conquérant musulman - et grand destructeur - de Bâmiyân, n'a pas détruit cette statue, même si elle
a dû être défigurée (au sens propre du terme !) comme les deux autres statues géantes. Selon Zémaryalaï Tarzi, ancien Directeur général de l'archéologie et des monuments historiques
d'Afghanistan - qui enseigne aujourd'hui à la Faculté de Strasbourg - ce troisième Bouddha serait resté protégé, et enfoui depuis mille ans...Cependant, contrairement aux
deux grands Bouddhas debout - taillés à même la falaise et simplement habillés de stuc - le troisième a sans doute été entièrement réalisé dans un mélange de briques et de
pisé... S'il demeure encore aujourd'hui, il ne doit plus en rester qu'une forme oblongue assez dénaturée ! « Nous pouvons raisonnablement espérer retrouver une bonne partie du corps,
confiait récemment Zémaryalaï Tarzi au journal suisse « Le Temps ». En revanche, les extrémités risquent fort d'avoir disparu. La valeur historique de la statue n'en est pas moins
grande. S'il se confirme que le site n'abritait pas seulement l'un des plus hauts Bouddhas du monde mais aussi le plus long, Bâmiyân conforterait sa place de très haut lieu de l'histoire
orientale. » L'existence du troisième Bouddha est attestée par le chinois Xuanzang, qui se rendit en pèlerinage en Inde au 7ème siècle. Son
Mémoire de voyage donne de nombreuses indications sur le site de Bâmiyân, dont on a déjà pu vérifier la précision grâce aux détails qu'il donnait aussi des deux statues que l'on connaît.. C'est
la seule source d'information dont on dispose pour retrouver le troisième Bouddha... D'après monsieur Tarzi, c'est une erreur de traduction qui n'a pas permis, jusqu'à aujourd'hui, de découvrir
les vestiges de cette troisième statue : on se serait trompé sur les distances. Selon les traducteurs, le site se trouverait en effet à 12 ou 13 «lis»... ou bien à 2 ou 3 «lis» à l'ouest,
c'est-à-dire à 7 km ou à 1,5 km !
§ L’UNESCO a décidé de classer le site au Patrimoine mondial de l’UNESCO et a divers projets dont le coût estimé à 700000 dollars, seront financés par le Japon, par l’intermédiaire de son Fonds en dépôt à l’UNESCO :
Il s’agit de conserver in situ les débris des statues, d’effectuer des sondages archéologiques pour mettre au jour de nouveaux sanctuaires, de créer un petit musée et
d’étayer les falaises. En effet elles ont beaucoup souffert des bombardements des Talibans ; pendant l'opération de
destruction, Oudratullah Jamal, le ministre de l'information Taliban déplorait : « ce travail de destruction n'est pas aussi facile que les gens pourraient le penser. Vous ne pouvez pas
abattre les statues par quelques coups de canons car toutes deux sont découpés dans une falaise et sont fermement attachées à la montagne. »
Beaucoup de projets ont vu le jour pour faire revivre les bouddhas de Bâmiyân, notamment celui qu’un
artiste japonais, Hiro Yamagata, a présenté à Tokyo, pour faire revivre, grâce à un show laser, les anciens bouddhas de Bâmiyân. L’artiste, qui a une réputation
internationale, poursuit la collecte des fonds pour ce projet qu’il espère lancer à l’été 2007. Le gouvernement afghan espère que ce projet « respectueux de l’environnement »
pourra attirer de nouveau les touristes dans la vallée de Bâmiyân.
§ Le journal allemand Der SPIEGEL, n° 14 / 2001 signalait une autre statue d'un
Bouddha géant, au musée national de la capitale du Tadjikistan (Douchambé), découvert près de la frontière avec
l'Afghanistan; il mesure 14 m et appartenait à l'institution monastique d'Adschina-tepe qui était un centre de culture bouddhique au 6ème siècle après JC. Des archéologues soviétiques l'avaient découverte en 1966 et scié en morceaux placés dans des caisses en bois et cachés dans
une cave d'un musée du travail soviétique afin de masquer aux habitants du Tadjikistan leur passé pré-soviétique. Leur histoire ne pouvait commencer qu'avec la révolution
d'octobre de 1917. Depuis le destruction des bouddhas géants à Bâmiyân, le bouddha du Tadjikistan a été réassemblé.
§ En Chine
(L'Express du 28 septembre 2001) comme s'ils ne supportaient pas la perte des deux bouddhas de Bâmiyân dynamités en mars
2001par les taliban, des paysans chinois taillent, à Leshan (province du Sichuan), leurs répliques à 3 500 kilomètres du site originel. Si la plus petite statue - 37
mètres - est reconstruite à l'identique, celui
qui fut le plus grand bouddha debout du monde sera, lui,
deux fois moins haut que l'original. Autre singularité: la copie s'enrichit d'un nez et d'une paire d'yeux, attributs qui
manquaient au chef-d'œuvre initial taillé dans la roche à l'époque préislamique. Depuis 2002, Leshan totalise donc trois bouddhas car ces deux reproductions financées par un
entrepreneur privé, s'ajoutent à l'authentique et colossal bouddha (assis) de la ville chinoise érigé au cours du 8ème
siècle Photo: Guang Niu/Reuters
§ A Islamabad, au Pakistan où il effectuait une visite officielle de deux jours, le 6 avril
2001, Koïchiro Matsuura, évoquant la ”récente destruction” des deux bouddhas géants: "La tragédie de la destruction des
monuments Bamiyan souligne l'urgence d’une ”éthique culturelle”.
Et je suis convaincu que c'est seulement par le biais de l'éducation qu'une telle éthique peut être bâtie dans l'esprit des hommes et des femmes. Car la tragédie de Bamiyan est
la tragédie d'un fanatisme religieux qui s'est épanoui sur le lit de l'ignorance"
Faut-il y voir une expression de ce que Samuel Huntingtion appelait "le choc des civilisations" ?
http://hgsavinagiac.over-blog.com/article-y-a-t-il-un-choc-des-civilisations-minarets-en-suisse-et-voile-islamique-50869154.html
Plus de sept ans après la destruction des statues, dynamitées en 2001 par les talibans, une équipe
franco-afghane a mis au jour en septembre 2008 des restes d’un Bouddha couché. Depuis des années, l’équipe menée par l’archéologue français d’origine afghane
Zemaryalaï Tarzi est en quête de ce mystérieux "Bouddha couché", de 300 mètres de long, qui serait enterré au pied de la falaise, selon les écrits d’un pèlerin
chinois, Huan Tsang, datant du VIIe siècle.
Beaucoup plus modeste, la découverte de 2008 a néanmoins suscité l’émotion dans la vallée. "Cela a été un grand
moment, lorsque sont apparus les premiers signes. » M. Tarzi a commencé à étudier le terrain il y a près de 30 ans. Les années de guerre, puis celles du régime taliban, entre
1996 et 2001, ont interrompu ses recherches.
Après la chute du régime taliban à la fin 2001, Zemaryalaï Tarzi et son équipe sont repartis pour l’Afghanistan, avec
une détermination intacte, pour poursuivre leur recherche du troisième Bouddha. Ils ont trouvé à la place les restes d’une statue inconnue, comprenant un pouce, un index, la paume d’une
main, des morceaux de bras et de corps, ainsi que le lit où reposait ce Bouddha. "C’est la découverte la plus significative que nous ayons faite ici jusqu’à présent", remarque
Abdul Hameed Jalia, le directeur des monuments et sites historiques de la province.Selon l’archéologue afghan Anwar Khan Fayez la tête et d’autres morceaux ont été en grande
partie détruits, probablement lors d’une invasion arabe au IXe siècle. "D’après les différents morceaux retrouvés, nous pouvons dire que la statue semble mesurer 19 mètres", explique l’archéologue.Le site a ensuite été recouvert de terre pour protéger le
Bouddha, à la fois des rigueurs de l’hiver et des voleurs d’antiquités.
Bamiyan, une région peuplée de musulmans chiites de l’ethnie Hazara, est aujourd’hui une oasis de
calme relatif, ce qui aide le travail des archéologues. Mais dans ce pays toujours très instable, les projets de reconstruction ont du mal à prendre corps, bien que l’Unesco ait classé le site, en 2003, au Patrimoine de l’Humanité. "C’est le voeu des gens de Bamiyan, de voir au moins une des
deux statues reconstruite", confie Mme Habiba Sorabi, gouverneur de la province. La reconstruction des Bouddhas pourrait selon elle encourager une activité touristique dans cette région
désespérément pauvre, à 200 kilomètres au nord-ouest de Kaboul. "Malheureusement, le gouvernement ne veut pas s’en occuper", regrette Mme Sorabi, la seule femme gouverneur d’une province
afghane. "C’est une honte".
http://www.tdg.ch/actu/culture/prive-bouddhas-geants-bamiyan-continue-livrer-secrets-2008-11-10
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NOTE : A PROPOS DE L’ABBE GREGOIRE :
L’esclavage du Moyen-Age avait été aboli en 1315, mais les rois de
France avaient fait une exception au principe national en faveur des colons installés dans le nouveau monde. Les Philosophes comme Montesquieu dans « l’Esprit des Lois » -1748-, Voltaire dans le conte
philosophique « Candide » -1859- , Rousseau (« Ces mots, esclaves et droit sont contradictoires » écrit –il), Diderot, l’Abbé Raynal, divers articles de « l’Encyclopédie », mais aussi l’écrivain
Bernardin de Saint Pierre (« Paul et Virginie » -1787-) avaient largement condamné l’esclavage. Ce puissant
courant abolitionniste (comme au RU) aboutit à la création en 1788 de
la « Société des Amis des
Noirs ».
La Révolution des droits de l’homme ne tolère plus, en
principe, d’exception ou de privilège. Pourtant , si l’Assemblée Constituante accorda le 15
mai 1791 le droit de suffrage aux noirs libres, anciens esclaves affranchis, par contre le Décret de septembre 1791 laissa les assemblées coloniales libres de décider du statut
des esclaves, ce qui résultait en fait au maintien
de l’esclavage. C’est à l’action de l’Abbé Grégoire, (
Extrait du tableau de David sur le serment du Jeu de Paume
è Voir biographie ensuite) chef de file des abolitionnistes en France, que l’on doit l’adoption par la
Convention, sous Robespierre, le 4 février 1794
du Décret d’Abolition de l’esclavage (dessin plume et lavis de Monsiaux ou Thévenin , Musée Carnavalet) après bien des hésitations. Elle qui fit suite à l’insurrection des
esclaves de Saint Domingue commen-cée en août 1791 et conduite par le noir Toussaint Louverture – il tenta ensuite d’établir une « république noire » qui fut le premier pays à déclarer illégal le
trafic d'esclaves en 1793 mais fut capturé en juin 1802 à la suite de l’expédition décidée par Napoléon Bonaparte -.
Elle donne aux anciens esclaves les droits civils et politiques de la Déclaration de 1789 : liberté de penser, de
communiquer, droit de vote, pouvoir de faire "tout ce qui ne nuit pas à autrui ". La société a pour rôle d’assurer la garantie de ces droits des individus (individualisme), mais
rien n’est prévu pour l’application de ces droits et les droits de l’homme sont réduits à ceux du citoyen, soumis aux lois : le travail forcé, imposé par le pouvoir, remplace l’esclavage à la Guadeloupe et en Guyane, après l’abolition de
1794. La Constitution
de l’An III à l’article 15 de sa « Déclaration des Droits de l’homme » confirma cette abolition.
Mais sous la pression des colons et de la bourgeoisie négrière des ports de l’Ouest, de la bourgeoisie coloniale (
à laquelle il est lié par son épouse Joséphine de Beauharnais, fille de colons de la Martinique) et marchande, le Consul
Napoléon Bonaparte par la Loi du 20 mai 1802 rétablit l’esclavage et
la « Traite des noirs ». Cependant le Congrès de Vienne en 1815
décida la suppression de la Traite des noirs.
L’Abbé
GREGOIRE (Henri), constituant, conventionnel, montagnard, évêque
constitutionnel de Blois, érudit, membre de l’Institut né à Vého près de Lunéville, le 4 décembre 1750.
Issu d’une famille pauvre, il entra dans les ordres, devint professeur ou collège de Pont-à-Mousson et fut couronné en 1779 par l’Académie de Nancy, pour un Eloge de
la poésie. Nommé curé d'Embermesnil, il continua avec passion ses études, fit quelques voyages, de 1784 à 1787 et composa l'année suivante un Essai sur la
régénération physique et morale des Juifs, qui lui valut nue nouvelle palme académique à Metz. Dans cet ouvrage remarquable il plaidait avec chaleur la cause de cette race si
longtemps proscrite et réclamait pour elle l'égalité civile. Renommé dans le clergé lorrain pour son savoir, sa philanthropie et son libéralisme, il fut élu député de
son ordre aux états généraux de 1789.
Dès les premières opérations de l’Assemblée, il s'efforça d’entraîner dans le parti des grandes
réformes ses collègues ecclésiastiques et de les amener à s'unir avec le tiers état. Il eut ainsi beaucoup de part à la réunion des trois ordres,
assista à la mémorable séance du Jeu de paume. Il plaida chaleureusement la cause des
Israélites et des hommes de couleur, fit une adhésion sans réserve à la constitution civile du clergé et parvint, par son exemple et par ses écrits,
à entraîner un grand nombre d’ecclésiastiques hésitants. Il fut élu député à la Convention nationale. Dans l’intervalle c’est à dire pendant la session de
l’Assemblée législative, il avait donné tous ses soins à son diocèse, également zélé pour la religion et pour la liberté ; car, et c’est là un des traits originaux de son
caractère, on sait qu’il fut à la fois révolutionnaire et chrétien très ardent. Des les premières séances de la Convention il monta à la tribune pour développer la
motion de 1’abolition de la royauté faite par Collot d’Herbois. On a surtout retenu de son discours ces paroles mémorables qui sont dans les toutes les mémoires :
" les rois sont dans 1’ordre morale ce que sont les monstres dans l’ordre physique ; les cours sont l’atelier du crime le foyer de la corruption ; l’histoire des rois
est le martyrologe des nations". C'est sur sa rédaction que fut rendu le décret d'abolition de la royauté. Sur sa proposition, l'Assemblée rendit un décret par
lequel la France républicaine promettait aide et secours aux peuples qui voulaient recouvrer leur indépendance. Il occupait le fauteuil de la présidence lorsque des
délégués de la Savoie se présentèrent pour le demander la réunion de la Savoie à la République. La Convention envoya Grégoire avec trois autres, pour organiser le
nouveau département. C'est pendant cette mission qu'eut lieu le procès de Louis XVI. Grégoire s’était, à plusieurs reprises, prononcé pour la culpabilité, mais
il ne se croyait pas le droit de répandre le sang. Plus tard, sous la Restauration on l'a accusé d'avoir voté la mort. Rien n’est plus faux. Quant à lui, il
s'était prononcé formellement à la tribune pour 1’abolition de la peine de mort, voulant que Louis fût appelé le premier à jouir du bienfait de cette loi philanthropique et qu'il fût
condamné à l'existence, afin que l’horreur de ses forfaits l'assiégeât sans cesse et le poursuivît dans le silence des nuits.
Rentré dans la Convention, après six mois d'absence, il fut adjoint au comité d'instruction
publique, où il rendit les plus grands services par son savoir, son patriotisme et son activité. Ce fut aussi lui qui eut la première idée d'une sorte de Confédération littéraire et morale entre les écrivains et les savants de tous les pays. Il fut ainsi l'un des fondateurs de
l'Institut, du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes. Il montra aussi un grand zèle pour sauver
de la destruction les monuments des arts et fit sur cet objet trois rapports pleins d’intérêt. L éducation publique trouva en lui un infatigable
propagateur, il proposa et fit adopter d’excellentes mesures pour la multiplication des bibliothèques, l’extinction des patois locaux, la rédaction de bons livres
élémentaires, 1’établissement de maisons modèles d’économie rurale, de jardins botaniques, etc .
Dès le début de la Révolution il avait été l’un des membres les plus actifs de la Société des amis des noirs. En juillet 1793, il obtint de l’Assemblée la suppression de la prime accordée pour la traite
des nègres, et enfin, en février 1794, l’abolition complète de l'esclavage colonial, qui, plus tard, fut rétabli par Napoléon. Cependant, malgré la haine que
lui ont vouée les catholiques officiels, et qui ne s'est jamais attiédie, Grégoire était resté sincèrement chrétien. Il était janséniste et gallican. Ses opinions
religieuses l'égarèrent plus d’une fois. C'est ainsi qu'il avait contre les philosophes en général, et contre Voltaire un particulier un vieux fonds d’animosité qui éclatait
fréquemment au dehors. Il était, il est toujours resté prêtre catholique. En novembre 1793 lors des grands mouvements antireligieux, il manifesta son
opposition. Au moment de la plus grands impopularité du catholicisme, il ne fit pas une concession, et on le vit siéger à la Montagne et présider la Convention en habit
violet.
Apres la Convention, il fut élu membre du conseil des Cinq Cents où d’ailleurs il ne joua
pas un rôle bien important. Il parait avoir accepté avec assez de facilité le coup d'Etat napoléonien du 18 brumaire. Appelé au nouveau Corps législatif, puis ou Sénat
(1801), il se montra défavorable au concordat, après la conclusion duquel il donna sa démission d’évêque. Il vota contre 1’établissement du gouvernement
impérial combattit, seul dans le Sénat, la restauration des titres nobiliaires, ce qui ne l’empêcha point cependant d’accepter dans la suite le titre de comte. Mais
s'il plia comme tant d'antres sous une destinée plus forte que les événements et les hommes, il resta néanmoins un des membres de cette petite opposition sénatoriale si désagréable à
Napoléon. Il s'opposa notamment au divorce et à d’autres actes du nouveau régime. Sentant d’ailleurs son impuissance, et sans doute découragé par tant d'événements,
il se réfugia de plus en plus dans l’étude et les compositions littéraires. En 1814, il eut part au projet de déchéance et fut ou des premiers à le
voter.
Dès lors il demeura à l'écart et vit passer du fond de sa retraite la première Restauration, les
Cent-Jours et le rétablissement définitif des Bourbons. Toutefois, il ne resta pas inactif
et soutint dans divers écrits et brochures une lutte fort vive contre les ultraroyalistes et les ultramontains. En 1819 le département de l’Isère l’élut à la Chambre
des députés. Cette élection fut le signal d’un déchaînement inouï des passions contre-révolutionnaires ; on y voulut voir une sorte de défi jeté à la monarchie et elle eut un
retentissement immense. Grégoire fut accablé d’outrages par les journaux de la faction des Ultras ; en dépit des faits les mieux établis, on continuait à l’accuser d’avoir
voté la mort de Louis XVI. Ses réponses dans le journaux étaient mutilées par la censure, ses lettres décachetées à la poste. Mais cette tempête ne le troublait point et malgré tout ce
septuagénaire qui d'ailleurs avait traversé d’un front calme tous les orages de la Révolution, demeurait inébranlable.
Dans une lettre au duc de Richelieu, il disait, à propos de
ce système de persécution, suivi sans relâche depuis 1814 "Je suis comme le granit on peut me briser, mais on ne me plie pas ". Dans les faits, ce prêtre
révolutionnaire avait bien peu plié sous l'Empire, mais en somme, s’il s'était tu le plus souvent, dans le fond il n’avait pas cédé, et c'est sans exagération que Jules Michelet a pu l’appeler
" Tête de Fer ".
Le ministère était parvenu à
faire annuler son élection par la Chambre, à le faire rejeter comme indigne. Le mot est resté historique; mais il a été retourné par l’opinion publique contre
ceux qui avaient rendu cet arrêt. Il avait été éliminé de 1’Institut par ordonnance royale. En 1822 il renonça au titre de commandeur de la Légion d’honneur, qu’il
tenait de l’Empire, et dont une ordonnance exigeait le renouvellement.
Durant les années qui suivirent, il vécut au milieu d’un cercle d’amis singulièrement restreint de jour en
jour par la pusillanimité, la crainte de déplaire aux puissants. Jusqu'à ses derniers moments il s occupa avec son activité habituelle d’études et de travaux littéraires, en
outre une correspondance immense et ne cessant une seule minute de s’intéresser au progrès des lumières et à la marche des idées. A son lit de mort il donna encore des preuves de son indomptable fermeté. Sentant sa fin prochaine, il demanda les secours de la religion, à
laquelle il restait attaché avec ferveur. L'archevêque de Paris y mit pour condition sa renonciation au serment qu'il avait prêté à la constitution civile du clergé. Sur ce point Grégoire était
intraitable ; il refusa opiniâtrement. Néanmoins malgré les ordres supérieurs un abbé Guillon lui administra les derniers sacrements. L’autorité ecclésiastique ferma l’église à ses
dépouilles mortelles, pendant que les journaux royaliste et soi-disant religieux publiaient contre l’illustre mort les articles les plus odieux ...
Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 12 décembre 1989, à
l'occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution française, le même jour que Monge et Condorcet.
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